La Tour de Babel Bis – Antonio Cerruti

« Toute la terre avait une seule langue et les mêmes mots. Comme ils étaient partis de l’orient, ils trouvèrent une plaine au pays de Shinar, et ils y habitèrent. Ils se dirent l’un à l’autre : Allons ! faisons des briques, et cuisons-les au feu. Et la brique leur servit de pierre, et le bitume leur servit de ciment. Ils dirent encore : Allons ! bâtissons-nous une ville et une tour dont le sommet touche au ciel, et faisons-nous un nom, afin que nous ne soyons pas dispersés sur la face de toute la terre. L’Éternel descendit pour voir la ville et la tour que bâtissaient les fils des hommes. Et l’Éternel dit : Voici, ils forment un seul peuple et ont tous une même langue, et c’est là ce qu’ils ont entrepris ; maintenant rien ne les empêcherait de faire tout ce qu’ils auraient projeté. Allons ! descendons, et là confondons leur langage, afin qu’ils n’entendent plus la langue, les uns des autres. Et l’Éternel les dispersa loin de là sur la face de toute la terre et leur donna tous un langage différent ; et ils cessèrent de bâtir la ville ». (Gn, 11, 1-9)

Au Liban, quelques chefs de clans, durant trois décennies, ont suffi pour nous monter les uns contre les autres, pour attiser la haine et la crainte de ce qui ne nous ressemble pas ou de ce qui pense différemment.

Le résultat est nettement plus impressionnant que celui de l’Eternel du livre de la Genèse. En effet, nous sommes dispersés sur une portion de terre de dix mille kilomètres, carrés et non seulement nous ne nous comprenons plus, mais en plus nous vouons à l’autre répulsion et hostilité. Le comble étant que nous parlons la même langue, mais que nous refusons d’écouter ou d’entendre l’autre.

Nous devons cette situation à un mot de trois lettres encore plus puissant et important que Dieu lui-même : l’ego ou le moi. Ce « moi » qui a changé le pays en une deuxième Tour de Babel, n’est pas seulement le moi du zaim ou du chef de parti, mais aussi le moi de chacun (le mien ou le vôtre).

Il est facile d’imputer la responsabilité de la situation chaotique aux responsables politiques, qui clairement ne craignent pas Dieu ; cependant, c’est le peuple lui-même qui a conféré à ces dirigeants leurs pouvoirs par les urnes.

Comme il est impossible de demander aux politiciens de reconnaitre leurs erreurs, car pour eux, ils n’en commettent jamais, il devrait être plus aisé de demander au citoyen de revoir ses calculs et/ou de reconnaitre que les choix de ses représentants n’ont pas été judicieux et qu’il faudrait les reconsidérer.

Malheureusement, certains de nos concitoyens sont encore plus fanatiques et lobotomisés que la division SS-Charlemagne qui défendait le bunker de Hitler. Même si leur leader capitule ou reconnaitrait qu’il a tort (les miracles existent et l’espoir fait vivre), ceux-là continueront de nier et renier l’évidence jusqu’au bout.

Il est clair, que toute tentative manu militari pour déloger les responsables politiques est impossible : mis à part leurs gardes prétoriennes, ils misent sur un réservoir de jusqu’au-boutistes qui seront prêts à tuer leurs propres parents s’ils ne sont pas de leurs avis.

Il n’y a qu’une seule issue pour un changement : l’explosion sociale et économique qui saperait le pays et ses institutions. Un « control+alt+delete » , une destruction de cette deuxième Tour de Babel, de sorte que tout se bâtira à nouveau avec l’aide de toutes les personnes qui ont compris aujourd’hui que leur « moi » est la cause de tous les maux et qu’il faut, dans l’intérêt général, savoir avaler son ego.

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