Partage d’irresponsabilité – Michel Touma

L’insouciance intégrale ? Le manque de courage, pour ne pas utiliser le terme «lâcheté» ? L’irresponsabilité à son apogée ? Peut-être les trois à la fois… L’inqualifiable laxisme et la méprisable attitude de déni derrière laquelle se cachent nos «dirigeants» – qui ne dirigent d’ailleurs pratiquement plus rien, ou si peu – face à l’effondrement généralisé dans lequel se débat la population dépassent tout entendement et nous plongent en plein surréalisme.
Dans le contexte explosif actuel, tant au plan local que régional, l’apathie chronique des hauts (ir)responsables censés gérer les affaires publiques ne peut avoir que deux explications, l’une plus grave que l’autre: soit ceux qui détiennent réellement les rênes du pouvoir sont isolés dans leur tour d’ivoire et se comportent uniquement en fonction de leurs calculs politiciens réducteurs et de leurs intérêts partisans obtus, auquel cas il y a manifestement «non-assistance à pays en danger», pour reprendre l’expression lancée, fort à propos, par le chef du Quai d’Orsay Jean-Yves Le Drian, ce qui accroît l’irresponsabilité et l’inconscience de ces «dirigeants», qui devront un jour ou l’autre, d’une façon ou d’une autre, rendre des comptes; soit, comme l’affirment certains milieux de l’opposition, le pouvoir en place est tétanisé par les menaces, les manœuvres d’intimidation et le chantage milicien du Hezbollah qui pratique de manière systématique une politique d’obstruction, sa seule préoccupation majeure étant d’être au service du régime des mollahs iraniens, même au prix du chaos généralisé au pays du Cèdre. Après tout, aux yeux de Téhéran et du parti chiite, le Liban n’est qu’un simple petit pion sur l’échiquier iranien. Dans ce second cas de figure, la responsabilité des «décideurs» locaux est encore plus grave, puisque les «hautes sphères» feraient preuve d’un manque total de courage et seraient coupables de manquement à leur devoir national, de collusion indirecte avec une puissance étrangère et, par le fait même, de violation de la Constitution qui stipule que le chef de l’État a pour mission de veiller à l’indépendance du pays.
La responsabilité du blocage gouvernemental qui dure depuis près de onze mois retombe aussi bien sur le président de la République que sur le Premier ministre désigné. La sortie de crise dépend en effet directement de leur signature respective pour mettre sur pied une équipe ministérielle. Or dans le contexte présent, aucun prétexte (quel qu’il soit), aucune considération politique (aussi géostratégique soit-elle), aucun calcul d’intérêts (aussi importants soient-ils) ne peuvent justifier de laisser toute une population en proie à une crise à multiples facettes qui broie tout sur son passage, qui détruit tous les fondements du pays. Aucune considération, qu’elle soit tactique, stratégique, hautement politique ou bassement partisane, ne saurait justifier que le président de la République et le Premier ministre désigné n’aient pas le courage nécessaire de signer les décrets de formation d’un gouvernement – passage obligé à l’arrêt de la descente aux enfers.Tout aussi responsable, sinon beaucoup plus, est le Hezbollah qui depuis 2005 et jusqu’à ce jour ne rate aucune occasion et n’épargne aucun moyen, même les plus répréhensibles, pour empêcher l’édification d’un État fort, pour isoler le Liban de son environnement arabe et international qui lui venait traditionnellement en aide, pour entretenir sans discontinuer un climat de conflit et de guerre, pour stimuler ou couvrir la corruption à tous les échelons du pouvoir, et – cerise sur le gâteau – pour organiser et parrainer à grande échelle une vaste contrebande vers la Syrie de produits subventionnés par la Banque du Liban, donc payés par le contribuable libanais à qui le parti pro-iranien impose ainsi de soutenir, contre son gré, le régime Assad. Un ancien vice-gouverneur de la Banque du Liban indiquait à ce propos récemment à une chaîne de télévision locale que ces opérations de contrebande à destination de la Syrie avaient coûté au Trésor libanais près de 40 milliards de dollars, soit un peu moins de la moitié de la dette publique.
Comment ne pas retenir, en outre, l’irresponsabilité de ceux qui s’obstinaient, au cours des dix dernières années, à prendre en charge le portefeuille de l’Énergie, qui promettaient un approvisionnement en courant électrique 24 heures sur 24 en 2015 et qui, au final, ont accumulé de par leur gestion un déficit au niveau du secteur de l’électricité de 30 à 40 milliards de dollars, selon les estimations, avec, comme «bonus», un rationnement en courant de plus en plus drastique.
Peut-on occulter, pour compléter le tableau, le rôle de ceux qui étaient à la tête de l’exécutif durant ces quinze dernières années et qui ont pêché par manque de prévoyance, sans doute aussi par manque de courage, et qui n’ont pas su, ou n’ont pas voulu, voir la crise poindre à l’horizon ?
Durant la Seconde Guerre mondiale, Winston Churchill avait déclaré en mai 1940 en s’adressant à ses concitoyens: «Je n’ai à offrir que du sang, du labeur, des larmes et de la sueur.» Il s’agissait alors de faire face à l’agression nazie. Aujourd’hui, l’on demande aux Libanais de consentir des sacrifices similaires, non pas pour lutter contre une occupation, mais au contraire pour soutenir un régime étranger qui, comble du cynisme, s’emploie à renforcer son emprise sur le pays !

Michel TOUMA

Partage d’irresponsabilité https://www.lorientlejour.com/article/1266733/partage-dirresponsabilite.html

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