Viens je t’aime, mais t’approche pas trop, je te hais.

C’est un peu en ces termes que nous pourrions définir la relation d’ambivalence affective amour /haine , deux sentiments contradictoires, qui nous animent simultanément envers les expats.

Complexité de la nature humaine, nos sentiments nous bloquent, comme si on ne savait plus sur quel pied danser. Nous oscillons entre l’envie de les voir , de les serrer chaleureusement dans nos bras, de leur rendre le séjour agréable et l’envie de les voir déguerpir au plus vite. C’est vrai qu’ils viennent nous déranger dans notre malheur, bousculer nos habitudes anxiogènes acquises ces deux dernières années . On leur en veut même d’être sympas, suspecte une pitié sournoise ,même quand on n’a aucune preuve autre que notre imagination.

Précisons rapidement les choses.

Cet expat, c’est nous, notre visage de l’autre côté de la Méditerranée ou du Golf. C’est ce possible, notre double qui s’est développé sous d’autres Cieux, qui a, un jour pris un “one way ticket” pour un ailleurs meilleur.
Ce qu’on oublie , c’est qu’il n’a pas quitté sa vie de gaieté de coeur mais s’est arraché à sa terre.
On oublie que lui aussi a souffert dans son exil, que les choses n’ont pas été faciles, qu’il a vécu dans 15 m2 , qu’il a eu des fins de mois très difficiles.

On oublie aussi qu’il est resté scotché pendant des années au pays écoutant le journal télévisé libanais tous les soirs, espérant une accalmie.

Expat d’1 mois ou de 10 ans, même s’il a une situation confortable, une vie de famille heureuse, il a maintenu des liens étroits avec notre pays ,vibre avec nous à chaque catastrophe et culpabilise de ne pas être là, de ne pas pouvoir en faire plus.

Cet expat garde en lui l’espoir secret qu’un miracle quelconque sauverait le pays, qu’il pourrait alors venir plus souvent, s’acheter une petite maison de vacances à la montagne pour ses vieux jours pour y couler des jours paisibles, entouré de ses petits-enfants. Pour lui le temps s’est arrêté à 75, 82, 89, 2006. Et il donnerait beaucoup pour revivre 1 jour de cette époque….parce que “partir, c’est un arrachement, une manière d’amputation….Dans l’expatriation, on perd nécessairement une part de soi.” Besson.

Alors svp, ne portons pas de jugements rapides sur eux mais faisons plutôt preuve de tolérance, d’ouverture et de compassion pour ceux qui ont lutté pour devenir ce qu’il sont.

Même si chacun d’entre nous pense détenir la formule magique pour redresser le pays, l’objectif est souvent le même:
un Liban libre, indépendant et souverain.

Ensemble nous sommes invincibles.

Sandra Khawam

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