Hommage à des camarades tombés dans l’oubli…

Ça faisait un moment que je voulais écrire sur ce sujet, mais c’est un sujet douloureux. Souvent nous n’aimons évoquer que les moments de joie et nous préférons oublier les périodes pénibles . Mais la situation est telle que ce n’est plus possible de ne pas en parler.

Je vais vous raconter l’histoire de ces quinquagénaires aujourd’hui, qui étaient dans leurs vingtaines en 1990, qui étaient étudiants et se battaient dans les rangs de la résistance.

C’étaient des jeunes qui étaient pleins de vie, et comme tout jeune de vingt ans, aimaient faire la fête avec leurs copains et ne rêvaient que de rencontres et d’un avenir meilleur. Pourtant ils ont décidé de tout sacrifier pour défendre leurs proches, leurs villages et quartiers, et préserver le peu de liberté qui restait.
C’étaient des jeunes qui allaient à leurs cours pendant les périodes de paix, et étaient sur les fronts pendant les périodes de guerre. Leurs week-ends ils les passaient souvent soit aux entrainements militaires soit à rattraper les cours auxquels ils n’ont pas pu assister, souvent leurs amis leur photocopiaient les leçons qu’ils révisaient seuls durant un cessez-le-feu et allaient juste passer les examens.
De temps en temps, quand la situation le permettait, ils faisaient la fête avec leurs copains, buvaient et dansaient plus que tout le monde car ils savaient très bien que ces moments étaient rares et ils devaient en profiter au maximum.
C’étaient des jeunes qui ont tout donné, leur avenir, leurs études, même leur vie, pour préserver celle des autres et construire un avenir meilleur à leur société.
Ils n’ont jamais attendu quoi que ce soit en retour, ni promotions, ni avantages, ni espéraient une pension ou une retraite, n’avaient pas de salaire, payaient leurs armes et leurs munitions souvent de leur poche.
Quand ils étaient avec leurs copains, souvent ces derniers ne savaient pas qui ils étaient, jamais ils n’ont fait un reproche ou une critique à un copain qui ne voulait pas se battre, jamais ils n’ont traité quelqu’un de lâche pour ne s’être pas battu. Ils se battaient et donnaient tout, discrètement, sans se vanter, sans faire de bruit. Très souvent, même leurs parents ne savaient pas de leur engagement.
La guerre finie, ils sont retournés à leurs études, et ont essayé, une fois leurs études terminées, de trouver un travail.
Mais leur société, pour laquelle ils ont tout donné, les rejette. Pas une seule entreprise ne veut les embaucher, quelques-unes les considèrent comme des criminels de guerre, la plupart craignent les représailles syriennes.
Ils étaient tout simplement bannis, vivant en marge de la société, n’arrivant pas joindre les deux bouts ou forcés à l’exil. Des milliers ont quitté, quand je vivais à Paris, plus de 700 taxis parisiens étaient des jeunes libanais issus des rangs de la résistance.
Aucun n’avait le droit de postuler un emploi public, aucun étudiant en droit par exemple n’a pu intégrer l’institut des études judiciaires, ou même pu accéder à n’importe quel poste administratif dans l’Etat. L’Etat pour eux était tout simplement interdit. Pire, plus de 5000 employés de l’Etat ont été limogés juste parce qu’ils étaient proches de la résistance ou avaient des amis dans la résistance.
Pendant ce temps leurs amis profitaient du rebond économique temporaire entre 1992 et 2000, prenaient de hauts postes dans l’Etat, dans les entreprises et les banques, faisaient de l’argent. Jamais ils ne leurs ont fait le moindre reproche, jamais ils n’ont eu un sentiment de jalousie. Tenaces et convaincus du bien-fondé de leur cause et de la nécessité d’être libre, ils ont continué le combat malgré toutes les souffrances. Ils étaient traqués, emprisonnés, kidnappés et assassinés, ont perdu beaucoup de leurs proches et amis.
Jamais un résistant n’a eu un objectif d’accéder à un poste que pour servir la cause, ces résistants se battaient sur les fronts et ce sont les partis politiques de l’époque, qui les critiquent aujourd’hui, qui prenaient toutes les positions importantes et la gloire ! Avant 2005 jamais un résistant n’a été nommé ministre ou même directeur général ! La résistance était en prison et traquée pendant 15 ans, ce sont sans doute les gens qui l’accusent aujourd’hui qui avaient les postes de responsabilité, et qu’ont-ils fait ?
Si nous sommes dans cet état aujourd’hui, si nous sommes au fond des abimes, c’est avant tout parce que notre société a rejeté le bouclier que constituait la crème de sa jeunesse.
Je me permets d’écrire ce texte car ça continue, car quelques charlatans continuent avec des slogans stupides comme Kellon ya3neh Kellon à saper les piliers de la société.
Non nous ne pouvons plus rester silencieux. Qui a le droit de juger qui ?
C’est le moment de l’union, nous ne pouvons plus supporter davantage  de divisions. C’est le moment de rejeter les charlatans qui insultent et divisent en permanence. C’est le moment de reconstruire cette société et son bouclier.
Que chaque personne, avant de juger, se pose une seule question : Qu’ai-je fait pour ce pays pendant tout ce temps qui me permet de porter un jugement sur les autres ?

Elie Hayeck

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