La grande invasion, la grande évasion. Issal Saleh

Quelques platitudes pour commencer :

Le Hezb-allah a commencé sa conquête du Liban pour l’intégrer dans le croissant chiite iranien depuis 1983, avec les voitures piégées contre les forces de la paix des USA et de la France afin d’éloigner du Liban toute force qui pourrait mettre des entraves au projet iranien.

Deux grands drames au Moyen-Orient ont permis de vider l’espace au profit des Ayatollahs :

(1) Celui de la destruction de l’Irak par Bush (nous ne regrettons pas la pendaison du monstre Saddam et espérons un jour celle de son pendant syrien, mais le regrettable est la déstructuration de l’armée et de l’administration iraquiennes alors existantes qui a permis au chiisme conquérant iranien de réorienter le chiisme irakien assoiffé de nouveaux pouvoirs inespérés).

(2) Celui de l’invasion du Liban par l’armée israélienne, qui s’est terminée par la destruction (heureuse) de la milice palestinienne établie en État dans l’Etat, mais qui a permis alors la montée en flèche (malheureuse) de la milice des Pasdaran folle de joie de se retrouver en zone “libérée” par Tsahal.
Le Hezb-allah a alors éliminé toute résistance libanaise à l’invasion israélienne (centaines de militants de l’ancien Mouvement national auparavant pro-palestinien dont douze responsables du PCL et de nombreux responsables de AMAL dont Daoud Daoud), pour pouvoir prétendre à s’ériger en glorieuse résistance islamique chiite contre Israël qui, indirectement, lui avait libéré la place et permis son développement.
Cela lui a ouvert la voie pour remplacer la formule de “l’Etat dans l’Etat” palestinien par la formule de “l’Etat dans l’Etat” iranien.

Le drame du Liban est que des Libanais ont permis la première formule palestinienne et des Libanais ont permis la seconde formule iranienne.
C’est notre grande différence d’avec le peuple israélien : les Israéliens ont tout détruit autour d’eux pour construire un État, les Libanais ont tout détruit chez eux pour détruire leur État.
Alors que nous avions, comme les Israéliens, la même structure d’éducation scientifique, de support international, de capital humain dans l’émigration, de réussites individuelles dans tous les domaines dans le monde entier…..
Deux peuples qui se ressemblent mais qui ont obtenu des résultats totalement opposés.
Nous sommes des loosers.

Je ne reviendrai pas sur la longue et patiente conquête de tout l’édifice libanais par la milice iranienne de 2005 à 2021, bâtie sur les assassinats, les coup d’Etat, les mensonges, la mauvaise foi, la servilité envers l’Iran des responsables du Hezb-allah.

Nous sommes arrivés à un stade crucial de notre aliénation : soit nous nous révoltons enfin sérieusement contre la milice terroriste et rejetons définitivement toute discussion ou alliance ou compromissions avec ceux qui ne souhaitent que notre subjugation, soit la phase finale de la conquête perse se conclura dans les conditions du hezb-allah associé au Aounisme qui a joué le rôle de tapis rouge aux conquérants tout au long de cette tragédie.

Pour compléter la conquête du Liban, il ne restait au Hezb@llah que deux secteurs à vaincre définitivement : la Justice (déjà aux trois quarts vaincue grâce à l’aide précieuse des Aounistes) et l’Armée (en position délicate car le chef de l’Armée est un Aouniste qui rêve, comme tout maronite, à la Présidence que le concurrent Bassil semble avoir des difficultés à s’assurer, et car les milices y ont peu à peu introduit leurs chômeurs, et que la crise économique frappe aussi, et dont le chef suprême (assis sur son trône) est un allié presqu’inconditionnel du hezb-allah).

L’Occident essaie désespérément de ne pas laisser l’Armée basculer dans le camp iranien.
Nous ne savons quelles promesses seront faites à son chef : le Trône ? la prospérité ? Un prix Nobel de la paix ? …..
À suivre.
Notre avantage c’est que le hezb-allah n’a plus rien à offrir (autre que mort et destruction) car ses sources financières libanaises se tarissent avec la ruine du Liban à laquelle il a très largement contribué, et que son capital Captagon est surveillé à toutes les frontières, et que ses succursales bancaires de Al Kard El Hassan sont en train d’être interdites dans le Golfe, et que l’Iran sous sanctions doit d’abord assumer ses révoltes populaires…etc…

Le Hezb-allah a mis longtemps avant d’arriver à détruire le système bancaire. Cela avait commencé, dès les premières mise en place des contraintes américaines contre le parti terroriste, par la bombe posée devant la Boom Bank à Verdun.
Puis le ministère “aouniste à vie” du ministère de l’Énergie a poursuivi le grignotage de toutes les capacités financières bancaires du pays avec sa grande réalisation aouniste de 40 milliards de dollars de pertes sèches.
Puis le système de subventions et l’énorme trafic frontalier monté scientifiquement par la milice iranienne a achevé nos finances disparues avec les produits subventionnés.
Ensuite le tandem Amal-Hezb/Allah a poursuivi avec la prise du ministère des Finances comme une reddition de Fort Alamo.
Les Finances se “confessionalisent” à l’image du pays et deviennent une exclusivité chiito-iranienne, alors que l’Énergie suit la même voie en devenant une exclusivité aounisto-iranienne.

Finances + Énergie se retrouveront dans un front commun lorsque le problème de Chebaa-marine sera résolu par les génies du Huit-Mars.
Il y aura alors répartition de la rente gazière entre Nasr-allah, Bassil, Berri et quelques affiliés.

La bataille est âpre quant à la justice.
Au dernier moment, après 215 morts et tout ce qui s’en est suivi, ce qui restait intègre dans le corps judiciaire refait surface et se lance dans la bataille, imprévue par le Hezb-allah et par les Aounistes qui croyaient qu’avec quelques centaines de Ghana Aoun bien positionnés ils avaient pu subjuguer la Justice.
Ainsi le marteau de quelques juges intègres se promet vouloir briser l’index de Nasr-allah.
Ce dernier est prêt à tout.
Nous aussi.

La tentative d’assassinat de Kazemi en Irak n’a pas donné des idées à Hassan l’incendiaire, car lui n’a pas raté sa mission en 2005 : il y est arrivé d’un coup avec 2 tonnes bien placées au lieu de ces trois drones sophistiqués et difficile à manœuvrer.
Peut-être que la prochaine mission a Baghdad lui sera-t-elle confiée ?
Devrons-nous en tirer fierté pour le savoir-faire 100% libanais ?
C’est bien le dernier savoir-faire qui nous reste dans ce pauvre pays, celui des voitures piégées à efficacité garantie par les experts du Hezb-Allah qui ont fait leurs études supérieures en explosions assistées à Téhéran.

Entre-temps nous assistons à un mouvement de grande évasion où les derniers des Mohicans libanais, lassés de subir ou de guerroyer, vont offrir leur savoir-faire scientifique ou administratif sur le marché du travail étranger.

Si l’on veut un jour pouvoir leur offrir la possibilité ou l’envie de revenir, il n’y a pas d’autre voie, comme nous l’ont appris ces trente années d’expérience avec le Hezb-allah (et surtout celles depuis 2005), que celle de renoncer définitivement à essayer de le « libaniser », comme nous l’avons trop souvent exprimé.
Un parti conçu et bâti pour écraser dans le sang tout sens de souveraineté ou d’indépendance ou de neutralité ou de liberté….ne peut être libanaisé lorsqu’il est iranisé dans ses gènes.

Cette étape est terminée.
Les erreurs s’arrêtent là et l’utopie avec.

Et quelques platitudes pour terminer :

Que nous reste-t-il à faire ?
Plusieurs politiciens et activistes très imprégnés du contexte libanais et impliqués dans la politique locale se sont posés la question et répondu avec plus ou moins de sophistication.

Moi, à mon humble niveau d’ancien émigré d’Afrique, inculte en Arabe, tout ce que je sais c’est que pour résister à la vague iranienne il faut farcir toutes les zones libres de centaines de milliers de tripodes pour casser cette vague.
Nous sommes les tripodes.
Et ça ne marche que si nous rejoignons le front souverainiste récemment créé contre le front iraniste (même si quelques fissurent commencent à apparaître derrière leur semblant d’unité huit-marsiste).
Nous n’avons pas d’autre choix que de tourner la page des rancunes ou des égos en ajoutant nos noms à ceux de la liste existante faite avec avec les Ahrar, les FL, les Kataebs, les Achraf Rifi, les Sayidet El Jabal et quelques centaines de groupes ou partis ou souverainistes indépendants.

Il est inadmissible que le Futur soit encore dans ses illusions. Hariri est inguérissable et depuis que Ahmad Fatfat l’a quitté, Allouche ne fait plus le poids.
Il n’en reste pas moins que le Futur, à travers des déclarations de divers de ses dirigeants, affirme les choses suivantes :
— Saad Hariri regrette amèrement son alliance avec Bassil (Allouche).
Ce que Geagea a fait récemment.
— Lors des prochaines élections, le Futur ne fera aucune alliance électorale avec le Hezb-allah et le Courant aouniste (Allouche et autres)
— Aussi lors des élections, le Futur est prêt à étudier son rapport avec les FL dans certains cas.
Seule sa base de masse réveillera Hariri.
Sinon il dormira à jamais en politique.

Joumblat reste désespérant.

Mais il y a des centaines de souverainistes qui continuent à travailler seuls comme si le danger pouvait être écarté par des résistances solitaires.

Le monde occidental est hésitant et ne montre pas que nous sommes une de ses priorités, malgré quelques marques de sympathie de temps en temps (support à l’Armée libanaise, rappel de la 1559 ou de la 1701 par esprit de solidarité mais sans réelles mesures de mise en application, visites de courtoisie….).

Nous avons passé 16 années à dénoncer les armes illégales du Hezb-allah alors que les armes légales du Liban étaient autant au service du Hezb-allah que les armes illégales. Nous sommes utopiques.

Vous nous dites désormais qu’il faut faire de la résistance au Hezb-allah.
Très bien. Mais que veut dire résister ?
Ils sont déjà dans nos rues, dans nos maisons, dans nos comptes bancaires, dans nos universités, dans nos hôpitaux, dans notre palais de justice.
Ils sont partout maîtres des lieux.
Quelqu’un peut-il nous expliquer comment et avec quoi nous allons mettre en œuvre le mot d’ordre : résistance au Hezb-allah.

Nous ne pouvons nous contenter de vous entendre faire de belles analyses sur les chaînes de télévision ou écrire des articles approfondis sur les raisons de notre misère.

Nous attendons de vous non seulement une position commune et combattive par rapport aux prochaines élections, mais aussi un programme politique de lutte contre l’hégémonie militaire du Hezb-allah, un programme où les concessions n’existent plus.

Berri se distanciera peu à peu de Nasr-allah s’il comprend que nous avons changé la donne et que ses miliciens auront à payer le prix de leurs crimes.
Allumons des bougies pour éclairer les nuits éternelles de nos martyrs. Chantons des chansons pour faire du bruit sur leurs tombes. Prions ardemment pour rassurer nos consciences. Insultons en vain le tandem qui nous a soumis.
Mais passons à l’acte.

Résistance + Front = Front de la résistance au Hezb-Allah.
Un programme de lutte.
Un programme de reconstruction.

Alors please, messieurs les derniers souverainistes qui parlez si bien de souveraineté, seuls vous n’y arriverez pas.
Ensemble, ce ne sera pas simple mais ce sera possible.

Il faut oublier les griefs personnels car le danger du Hezb@llah, qui n’a pas dit son dernier mot sur l’échelle de la terreur, est sans limites.

J’ai épuisé la liste de mes platitudes.

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