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La patience est toujours une vertu. Eddy Fakhry

La politique libanaise manque de vision et de patience. Nous avons tendance à demander que tout soit fait en un instant, peu importe les concessions faites. Nous sommes témoins de ces politiques encore et encore, que ce soit de ceux qui sont les plus proches de nous, à ceux qui sont les plus éloignés. Ceux qui sont enclins à dire que la patience n’est pas toujours bonne pourraient s’obstiner à montrer des cas où la patience semble conduire à une passivité excessive comme preuve. La personne patiente, dira-t-on, endure parfois l’injustice plutôt que de s’y opposer activement. Sa capacité d’endurance calme et de patience risque d’être abusée par les autres, et ses oppresseurs la remercieront pour sa patience. Il n’est pas nécessaire que cette personne ait particulièrement peur d’agir ou manque de sens de la justice. Elle pourrait simplement penser (à tort) que sa situation ne peut pas être améliorée et que le mieux qu’elle puisse faire est donc de la supporter patiemment.

Cependant, cela ne montre pas que la patience est parfois mauvaise (ou que la vraie patience n’est pas toujours une vertu). Au contraire, cela montre qu’aucune vertu unique, possédée de manière imparfaite, ne conduira toujours à une action juste (ou optimale). Cela ne devrait pas être une surprise. La personne patiente qui endure calmement une injustice corrigeable n’a pas besoin de moins de patience, mais plutôt de quelque chose d’autre, de sagesse pratique ou d’une autre vertu. Il peut avoir besoin de ce que seul quelqu’un d’autre peut fournir, comme des informations sur l’injustice qui montrent clairement qu’il n’a pas simplement besoin de l’endurer.
On pourrait craindre que ceux qui apprécient la patience manquent néanmoins de motivation pour rechercher le changement lorsque cela est possible. Mais cela semble confondre la patience avec l’apathie ou l’indifférence. Ici, nous devons nous rappeler que la patience est une vertu parce que dans la patience nous évitons les faux pas qui peuvent être causés par la colère et parce que la patience est souvent instrumentale pour poursuivre et préserver ce que nous aimons et ce qui est digne de notre amour. En effet, le développement de la compréhension et des autres vertus peut lui-même nécessiter parfois une patience importante.

Considérons quelque chose de Nietzsche qui semble lié à la pensée que la patience n’est pas toujours une vertu parce qu’elle semble parfois favoriser une mauvaise acceptation de l’injustice et de l’oppression. Dans la Généalogie de la morale, Nietzsche écrit : “The inoffensiveness of the weakling, the very cowardice with which he is richly endowed, his standing-by-the-door, his inevitable position of having to wait, are all given good names such as ‘patience’, also known as the virtue…” Le lecteur attentif remarquera que Nietzsche n’a rien dit de négatif sur la patience elle-même, mais a plutôt proposé une critique du « faible » qui qualifie à tort ses vices de vertus. Nietzsche lui-même reconnaît la valeur de la (vraie) patience pour développer la compréhension des choses nouvelles et endurer les ennuis et les malheurs inévitables. L’exemple de Nietzsche est instructif car il attire notre attention sur la nécessité de décrire les choses avec précision – dans ce cas pour atteindre une compréhension cohérente d’une vertu particulière. L’idée qu’une personne puisse être « trop patiente » n’est pas insensée, mais elle est quelque peu inexacte. Au lieu de nier que la patience elle-même est toujours bonne, nous pouvons dire que la patience en l’absence de sagesse et d’autres vertus n’est pas toujours assez bonne.

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