Ebrahim Raïssi: exécutions et disparitions en Iran entre juillet et octobre 1988.

Voici des extraits du rapport d’Amnesty International de 2018

“Notre but consiste à ce que les criminels ne soient pas jugés mais tués.”

Rouhollah Khomeini, guide la révolution iranienne (1979).

Monsieur Ebrahim Raïssi a été élu président de la République Islamique le vendredi 18 juin 2021.

Suite à cette élection, dès le premier tour, nous rendons public une partie du rapport d’Amnesty International publié en 2018 sur le travail des “commissions de la mort” installées en Iran en 1988 par Khomeiny et dont Monsieur Raïssi faisait partie.

Le rapport original a été rédigé en anglais et en farissy.

À la fin du mois de juillet 1988, des milliers de dissidents politiques détenus dans des prisons à travers l’Iran ont soudainement disparu. Il s’agissait pour la plupart de jeunes hommes et femmes, certains n’étant que des adolescents, injustement emprisonnés en raison de leurs opinions politiques et de leurs activités politiques non violentes.

Les autorités ont suspendu les visites des familles sans donner de raisons.

Après quelques mois, des rumeurs terrifiantes ont commencé à circuler au sujet d’exécutions massives secrètes et de l’abandon des corps dans des fosses communes non marquées.

Les pires craintes des familles ont été confirmées à partir de la fin octobre 1988, lorsque les visites des prisons ont repris et que les autorités ont informé de nombreuses familles que leurs proches avaient été exécutés.

Les autorités ont traité les meurtres comme des secrets d’État.

À trois reprises, le mur du secret a été ébranlé et, à chaque fois, les autorités ont réagi par des représailles et ont accusé les personnes ayant divulgué des documents relatifs à la préparation, la planification et la mise en œuvre coordonnée des massacres de 1988 de “divulguer des secrets d’État” et de “menacer la sécurité nationale”.

En 1989, des lettres exprimant des inquiétudes au sujet des exécutions, adressées au Guide suprême Rouhollah Khomeini par son adjoint Hossein Ali Montazeri ont été divulguées.

En 2000, une copie de la fatwa secrète par laquelle, en juillet 1988, Rouhollah Khomeini a ordonné les massacres a été publiée. La Fatwa est inclus au rapport original d’Amnesty International.

En 2016, un enregistrement audio d’une réunion officielle de haut niveau qui a eu lieu en août 1988 entre Hossein Ali Montazeri et les responsables des massacres à Téhéran a été mis en ligne.

Un nombre important de personnes soupçonnées d’avoir participé aux disparitions et aux exécutions sans jugements qui ont eu lieu en 1988 occupent ou ont occupé des postes de pouvoir en Iran.

L’un d’eux vient même d’être élu président de la République Islamique.

Amnesty International a mené son enquête de septembre 2017 à novembre 2018.

Au cours de cette enquête, les témoignages de 41 survivants, 54 membres de la famille de victimes, 11 anciens prisonniers et 10 autres témoins de 28 villes d’Iran, ont été obtenus.

Aussi, les rapports des médias et les déclarations publiées par les autorités iraniennes et les organes des Nations unies, ainsi que les archives de l’organisation ont été consultés.

Amnesty International a pu mettre la main sur un enregistrement audio de la réunion de 1988 où l’on entend les membres de la “commission de la mort” de Téhéran discuter des meurtres.

Amnesty International a obtenu et vérifié des certificats de décès, des photos et des images de pierres tombales de dizaines de victimes exécutées et a comparé des listes et des bases de données contenant des milliers de noms.

Les recherches d’Amnesty International ne laissent aucun doute à l’organisation sur le fait que, pendant plusieurs semaines, entre fin juillet et début septembre 1988, des milliers de dissidents politiques ont été kidnappés puis incarcérés dans les centres de détention iraniens du pays et exécutés en vertu d’un ordre émis par le Guide suprême de l’Iran, l’Ayatollah Khomeiny.

Avant leur exécution, un nombre important de prisonniers ont été torturés et soumis à de traitements cruels, inhumains et dégradants.

Les autorités iraniennes ont refusé de reconnaître officiellement les meurtres, de faire toute la lumière sur le sort des victimes, y compris sur les causes et les circonstances des meurtres, d’identifier les dépouilles mortelles et de veiller à ce qu’elles soient restituées à leur famille.

La dissimulation systématique du sort des victimes et de l’emplacement de leurs dépouilles a également consisté à ne pas fournir aux familles de certificats de décès ou en délivrant des certificats de décès inexacts ou incomplets quant aux causes, circonstances et dates du décès.

Les “commissions de la mort” ont été formées dans l’ensemble des provinces iraniennes.

Ces commissions étaient composées d’agents relevant du ministère de la justice, des services de renseignement et d’officiels travaillant dans les prisons.

Les “commissions de la mort” ne ressemblaient en rien à un tribunal et leurs procédures étaient sommaires et arbitraires. Elles fonctionnaient en dehors de toute législation existante et ne cherchaient pas à établir la culpabilité ou l’innocence des accusés par rapport à une quelconque infraction pénale reconnue au niveau international. Il n’y avait aucune possibilité d’appel de la procédure. Leur rôle consistait à condamner à mort tout prisonnier politique.

Ces prisonniers politiques étaient des gauchistes qui distribuaient des tracts contre le régime ou des sympathisants des mouvements armés opposés au régime de Téhéran et installés en Irak.

Il y aurait au moins 5000 personnes exécutées. Une organisation iranienne a annoncé le nombre de 4672 personnes exécutées.

Les exécutions ont eu lieu entre Juillet et septembre 1988.

Les autorités iraniennes n’ont jamais rendu les corps des personnes exécutées à leur famille.

En 2016, Ahmad Montazeri rend public un enregistrement datant du 14 ou de 15 août 1988 et dans lequel on entend son père Hossein Ali Montazeri protester devant les membres de la “commissions de la mort” de Téhéran contre les exécutions en cours.

Novembre 2016, Ahmad Montazeri fut condamné à 21 ans de prison. Sa peine fut ensuite réduite à 6 ans avant d’être libéré rapidement.

Parmi les personnes qui ont fait partie des “commission des morts”, citons :

Ali Reza Avaei, ministre iranien de la Justice en 2018. Il était procureur général de Dezful, dans la province du Khuzestan, et a été chargé de participer à la “commission des morts” dans cette ville.

Hossein Ali Nayyeri, qui a agi en tant que juge de la charia dans la “commission des morts” de Téhéran, a été promu au poste de vice-président de la Cour suprême d’Iran en 1989 et est resté à ce poste jusqu’en septembre 2013. En 2018, il était à la tête de la Cour suprême disciplinaire pour les juges.

Ebrahim Raïssi a été procureur général adjoint de Téhéran en 1988 et membre de la “commission de la mort” de Téhéran. Il a été procureur général de Téhéran entre 1989 et 1994, premier chef adjoint du pouvoir judiciaire de 2004 à 2014 et procureur général du pays de 2014 à 2016. Il s’est présenté aux présidentielles en 2017. Lors d’une conférence donnée le 1er mai 2018, faisant référence aux informations des médias sur son rôle dans les massacres de 1988, il n’a pas contesté sa présence lors de la réunion avec Hossein Ali Montazeri, mais a noté que “pendant la période [en question], je n’étais pas le chef du tribunal… Le chef du tribunal prononce des sentences alors que le procureur représente le peuple”. Aussi, utilisant le mot “confrontation” en référence apparente aux massacres, il les a considérés comme “l’une des fières réalisations du système” et a fait l’éloge de Rouhollah Khomeini en tant que “héros national”.

Ebrahim Raïssi a été élu président de la République Islamique le vendredi 18 juin 2021.

Mostafa Pour Mohammadi, qui était le représentant du ministère du renseignement au sein de la “commission de la mort” à Téhéran, a été ministre de la justice entre 2013 et 2017. Le 28 août 2016, évoquant les informations diffusées par les médias sur les massacres de prisonniers et son implication dans ceux-ci, Mostafa Pour Mohammadi a déclaré : ” Je suis en paix et je n’ai pas perdu le sommeil pendant toutes ces années parce que j’ai agi conformément à la loi et à l’islam.”

Mohammad Hossein Ahmadi, qui a été juge de la charia de la province du Khuzestan en 1988 et membre de la “commission de la mort” du Khuzestan, était en 2018 membre de l’Assemblée des experts, un organe constitutionnel qui a le pouvoir de nommer ou de révoquer le Guide suprême de l’Iran. Pendant près d’une décennie dans les années 2000, il a également été à la tête de l’organe chargé de sélectionner et de nommer les juges dans tout le pays.

” L’Imam Khomeiny est un héros national de la lutte contre le nefaq… L’une des fiertés du système est son bilan de confrontation avec le courant du nefaq. Cela doit être considéré comme l’une des réalisations du pays. L’une de mes réalisations est que j’ai lutté toute ma vie contre la corruption, le nefaq, le vol, la fraude et le mal et je continuerai à le faire” .Ebrahim Raïssi, mai 1988.

René ALBANI

Diabolisation

Diabolisation https://www.lorientlejour.com/article/1265932/diabolisation.html

La voix de la conscience… Indépendamment de tout positionnement spécifique, force est de reconnaître que face à l’effondrement socio-économique et politique, voire moral, qui ébranle le pays, le patriarche maronite Béchara Raï – ainsi d’ailleurs que le métropolite de Beyrouth Élias Audi – parvient dans ses homélies dominicales à recentrer le débat en le ramenant aux fondamentaux qui sont à la base de la vocation et de la raison d’être du Liban.

Fidèle au rôle national qu’a toujours joué Bkerké dans la tumultueuse histoire du pays du Cèdre, Béchara Raï a réussi au cours des derniers mois, à chaque fois que l’occasion se présentait, à mettre le doigt sur la plaie en explicitant sans complaisance les maux qui tourmentent les Libanais et, surtout, en posant les jalons d’une solution pérenne à la crise existentielle qui ébranle le pays.

En complément de son projet de neutralité qu’il a lancé afin de déconnecter le Liban des guerres et des conflits régionaux dont les affres se font ressentir sur la scène locale depuis plus d’un demi-siècle, le prélat maronite a appelé dimanche à un renouvellement de l’élite politique, fustigeant les dirigeants actuels qui ont prouvé, a-t-il relevé, «leur faillite et leur incapacité à gouverner». C’est précisément à ce niveau précis que se situe aujourd’hui le fond du problème libanais.

Contrairement à ce que se plaisent à répéter comme un cliché certains cadres bien-pensants, souvent totalement étrangers aux réalités profondes du Liban, force est de relever que le système confessionnel en vigueur n’est nullement la principale cause de l’effondrement qui frappe de plein fouet le pays. D’abord parce que la cristallisation de ce système confessionnel remonte à l’époque de l’Empire ottoman. Il a été institutionnalisé pour la première fois au XIXe siècle avec le régime des deux caïmacamats et, surtout, à l’occasion de la Moutassarifiya, en 1861, à la suite des affrontements intercommunautaires qui avaient ensanglanté la Montagne libanaise, jusqu’à Zahlé et même Damas. Point important à ne pas occulter: ces affrontements étaient stimulés et attisés par des interférences étrangères, notamment ottomanes…

La Moutassarifiya a institué une gouvernance et un partage du pouvoir sur des bases confessionnelles, ce qui a permis à la population de bénéficier de la période la plus stable et la plus prospère de l’histoire du Liban du fait que les grandes puissances de l’époque avaient pris la décision d’instaurer et de garantir un statut de neutralité qui s’est maintenu jusqu’en 1915, au début de la Première Guerre mondiale.

Comme le relevait l’ancien chef de la communauté chiite libanaise, feu Mohammad Mehdi Chamseddine, dans son ouvrage qui constitue son testament politique, l’essence du problème libanais réside non pas dans le système confessionnel en tant que tel, mais plutôt dans sa mise en application. En clair, le problème réside dans la (non) gouvernance et l’incapacité de certains dirigeants à gérer les affaires publiques ; un facteur auquel il faudrait ajouter de façon concomitante les multiples interférences étrangères qui attisent les contradictions internes.

Les appels répétés du patriarche maronite en faveur de la neutralité et de la mise en place d’une nouvelle élite politique qui ait le sens de l’État et de l’intérêt public bien compris sont de ce fait en phase avec la position défendue par l’imam Chamseddine à la fin de sa vie.

Dans les faits, plusieurs périodes de l’histoire contemporaine du Liban illustrent, aussi concrètement qu’à l’instar du cas de la Moutassarifiya, que le système confessionnel n’est nullement incompatible avec la stabilité et la prospérité en cas de bonne gouvernance, de neutralité et de non-interférence de puissances étrangères dans les affaires intérieures libanaises. Le même système confessionnel était en place sous le mandat du président Camille Chamoun qui a pourtant connu une prospérité soutenue et n’a été perturbé en 1958 qu’à la suite de la politique interventionniste agressive de l’Égypte de Gamal Abdel Nasser.

Le régime du président Fouad Chéhab reflète sans doute, quant à lui, le cas de figure le plus significatif dans ce cadre. Sous l’effet d’une politique étrangère sage et équilibrée, et grâce à un souci marqué d’initier un programme de développement socio-économique solidement planifié, et parallèlement à la mise en place de structures d’un État moderne, Fouad Chéhab avait réussi dans les années 1960, toujours à l’ombre du même système confessionnel, à assurer au pays une longue période de stabilité et de bien-être, tout en respectant minutieusement les équilibres communautaires dans l’exercice du pouvoir.

Ce que l’on désigne par confessionnalisme politique est souvent diabolisé et dénoncé par ceux-là mêmes qui le pratiquent dans la réalité de tous les jours de la façon la plus sectaire et la plus réductrice possible. Il faut de ce fait avoir la franchise et la lucidité de reconnaître qu’il constitue malgré tout un gage de stabilité et d’équilibre dans un pays pluraliste comme le Liban, à l’ombre d’une conjoncture marquée par l’expansion un peu partout dans la région de courants intégristes radicaux et, surtout, par la prépondérance sur la scène locale d’une formation chiite tout aussi intégriste qui s’enorgueillit de se faire appeler «parti de Dieu»…

Michel TOUMA

Photo, M.Migliorato/CPP/Ciric

EXTRAIT


« Les problèmes du Liban ne sont ni politiques ni économiques, ils sont purement militaires. Oui le Liban est en guerre. Il est menacé d’occupation réelle par l’Iran.
L’Iran encercle le Liban via ses mercenaires locaux, le Hezbollah, à travers la technique militaire ancestrale du « Siège », modifiée et rafraichie  en tenant compte de la distance géographique entre l’agresseur et l’agressé,   et ceci en vue d’ une invasion , d’une occupation, sans tirer éventuellement un coup de feu.
Cette technique se traduit par une isolation, un encerclement intelligent du territoire à conquérir du reste monde et l’interdiction de fourniture en denrées essentielles. Affamer la population jusqu’ à épuisement. Entre temps établir à l’intérieur une forme de cheval de Troie sans scrupule auquel on promet la tête de la principauté une fois conquise. On divise aussi la population pour créer une discorde qui empêche la cohésion des défenseurs.
Une fois le territoire (Liban) à genoux, la reddition se fera sans anicroche et le pays tombera comme un fruit mûr, changera de structure politique pour prendre l’aspect d’une colonie des temps modernes »


jmk

Photo, Joseph Eid/AFP

La question des frontières. Sandra Khawam

Une question trop souvent éludée, considérée comme hors sujet ou abordée comme si elle n’était pas de notre ressort et que donc on n’y pouvait rien.

Or, elle est centrale :

Depuis 100 ans on nous bassine avec un pays de 10452 km2 . Sauf que ces 10452  km2 n’existent que dans les manuels d’Histoire des classes primaires et récemment sur les pancartes en carton fait maison des “thouar”.
Quant aux écoliers syriens , on leur fait bien comprendre ,dès la maternelle ,que le Liban est un terre syrienne. Point.

Conséquence directe, les partis pro syriens trouvent tout à fait naturel de venir en aide au régime syrien victime d’un embargo international. C’est la province qui vole au secours de la capitale.

Des rumeurs récentes font état de l’acquisition de plusieurs centaines de biens fonciers aux frontières syro-libanaises où sont installées des communautés chiites syriennes et libanaises ayant pour mission, de part leurs similitudes socio-culturelles, de rendre, avec le temps et les mariages mixtes, toute frontière obsolète.

Un pays qui n’a pas de frontières n’est pas un pays mais un espace libre, une terre laissée à tout vent.

Ce Liban, idéalisé, ressemble à une jolie maison inachevée ,laissée sans portes , sans fenêtres et sans toiture.

Avant d’acheter les meubles, de choisir la couleur des rideaux et le miroir de la salle de bain il faudrait penser aux portes, aux fenêtres et à un toit étanche. Un cheminement inverse serait stérile: un nouveau canapé ne fera pas barrage à l’eau qui se déversera dans la maison aux premiers orages.

Sans des frontières extérieures, le peuple se refugiera toujours dans des frontières intérieures ( communautés religieuses ou autres) et un Etat Nation ne pourra jamais voir le jour puisque la sécurité psychologique des individus continuera d’être assurée, en premier, par sa “tribu”.

Donnez-nous d’abord une terre délimitée et protégée par des frontières. Nous discuterons ensuite des aménagements intérieurs possibles.

Le 21/6/2021

Quand le Nous prend la relève

Face à un État défaillant et voyou, à des Padrinos médiocres faisant la pluie et semant la tempête, le « nous » s’impose et prend la relève. Nous, le peuple, Libanais issus de la société civile, résidant dans le pays ou à l’étranger, entreprises et collectivités, nous qui tentons de voler au secours d’un peuple à bout de souffle et retroussons nos manches pour pallier autant que possible la déliquescence des instances étatiques. Nous, conscients de l’urgence d’agir quand ils font preuve tous les jours d’inconscience criminelle, de non-assistance à peuple en danger. Nous, improvisés ministres des Affaires sociales, de l’Intérieur, de l’Énergie ou de la Santé. Dans l’attente d’un règlement de la crise, d’un plan A quelconque, de l’application d’une feuille de route suspectée jusqu’à présent d’ingérence dans les affaires internes d’un pays prétendûment souverain, dans l’attente de la formation d’un gouvernement à trois équations et six inconnues, de dollars et “lollars”, le « nous », génie libanais, crée des plans B et les réussit.


Voici dans ce contexte quelques initiatives privées parmi tant d’autres, du style sauvetage-peuple-en-détresse :

– La quasi-bombe nucléaire explosant au port a fait plus de 200 morts, des milliers de blessés et de sans-abri, détruit une partie de la ville de Beyrouth mais a laissé de marbre une classe dirigeante devenue soudain sourde et muette. Grâce aux ONG présentes sur le terrain, des Beyrouthins ont pu réintégrer leurs maisons, pour certains en quelques semaines. Nous pensons à Ground 0 qui a déjà fait un travail gigantesque et rénové 510 habitations jusqu’à ce jour, tenant compte autant de la fonctionnalité que de l’esthétique et des goûts propres des victimes du désastre. Ou encore l’ONG Achrafieh 2020 avec ses 240 volontaires qui assurent des produits alimentaires de première nécessité à plus de 1 000 familles chaque mois. Sans oublier l’association Philippe Jabre qui soutient les jeunes étudiants ou les familles libanaises dans l’éducation de leurs enfants, pilier fondamental de notre société, et qui a été on ne peut plus généreuse. On ne pourrait citer, faute de place, toutes les associations et les volontaires qui gravitent autour des Libanais en difficulté.

– Dans le cadre de la triple crise (politique, sanitaire et économique) qui secoue le pays, la campagne de vaccination dans la circonscription de Becharré représente un véritable tour de force. Menée par l’association Cedars Mountain’s Foundation (CMF), créée en 2007 et parrainée par la députée Sethrida Geagea, ce n’est non moins de 800 personnes sur plus de 2 500 prévues, qui ont déjà reçu le vaccin Sputnik V en une dizaine de jours seulement. Face à la lenteur des services publics, aux défaillances du ministère de la Santé, l’association prend l’initiative de vacciner tous les résidents de la circonscription âgés de plus de 55 ans et qui le souhaitent, sur simple demande, sans distinction aucune. Confiants dans l’engagement en faveur des Libanais du Nord, rassurés par les promesses tenues par l’association, les donateurs d’ici et d’outre-mer n’ont pas hésité à mettre la main à la poche pour soutenir la CMF. Celle-ci se place désormais en tête de toutes les initiatives privées en termes de nombre de personnes vaccinées en peu de temps. Cette campagne de vaccination au Sputnik V n’a pu se faire que grâce à une méticuleuse organisation, de la volonté, un travail sans relâche de tous les acteurs présents sur le terrain (chefs de municipalité, responsables de région). Une campagne similaire serait beaucoup plus difficile à réaliser, par la même équipe, dans d’autres circonscriptions en l’absence d’une majorité politique favorable car elle serait alors confrontée aux blocages que suscite le régime au niveau des instances étatiques, contre tout bon sens et au mépris de l’intérêt public.

– Plus ancien, et peu médiatisé pendant de nombreuses années, est le cas de l’Électricité de Zahlé, EDZ. Quand le pays connaît un rationnement qui nous renvoie aux jours sombres de la guerre civile et quand nous sommes menacés, par un État « pick-pocket », d’être plongés dans le noir si nous ne cédons pas nos derniers dollars, d’ailleurs déjà confisqués, pendant ce temps Zahlé brille de tous ses feux 24 heures sur 24. Créée en 1920, EDZ est une compagnie d’électricité privée qui compte une cinquantaine d’actionnaires dont l’archevêché grec-catholique et à qui l’État libanais a accordé une concession en 1923 et à qui elle fait de l’ombre depuis. Renouvelée plusieurs fois, cette dernière est arrivée à terme en 2018 et demeure menacée par l’État de cessation de ses activités mais c’est sans tenir compte de l’obstination d’Assaad Nakad, le directeur de la société, qui se bat bec et ongles contre ces irresponsables toujours en embuscade. Comment justifier des pertes au niveau de l’EDL estimées à plus de 50 milliards de dollars, quand EDZ, qui fête son centenaire, parvient à éclairer Zahlé et 16 communes alentour, soit près de 300 000 personnes. Cerise sur le gâteau, EDZ assure un service après-vente impeccable. Eté comme hiver, qu’il neige ou qu’il vente, les réparations, s’il y a lieu, sont faites en un temps record.Le dénominateur commun à toutes ces initiatives est la préservation du tissu social malmené par les crises et qui risque de se déchirer définitivement. Assurer un minimum vital pour rassurer un peuple en désarroi, désorienté, sans protection et livré aux malfrats. Une résistance groupale comparable à une toile d’araignée s’agrandit de jour en jour malgré les nombreux défis. Des liens horizontaux compensent la disparition des liens verticaux. Paradoxalement, la base populaire affaiblie par le régime se renforce, brise les frontières et invite la diaspora dans le quotidien des résidents. Ce sont plus de cinq millions qui sont connectés à des millions de Libanais résidant à l’étranger qui vivent aussi à l’heure libanaise.

Ce sont des centaines de volontaires qui peuvent alors tendre une main plus solide aux plus démunis, leur redonner confiance en eux-mêmes et essayer de restaurer l’image de leur peuple, détruite par les corrompus. Peut-être parviendront-ils, par des actions tangibles, à les retenir sur cette terre qui les a vus naître et qui a tant besoin d’eux.Comme disait l’autre, il n’y a pas d’amour, mais des preuves d’amour.

Sandra KHAWAM

Erreur de Qualification

En Mars dernier, M. Le Drian accusait les responsables Libanais de « non-assistance à pays en danger ».

La non-assistance à personne en danger est le fait de ne pas porter secours à une personne en situation de détresse; la détresse est le péril grave ou imminent qui menace la vie ou l’intégrité d’une personne. L’article 567 du code pénal libanais prévoit une peine d’un mois à un an de prison à ceux qui seront reconnus coupables de ce délit.

Dans l’inconscient collectif, on assimile cette situation à l’accidenté de la route pour qui on ne s’arrête pas ou à qui on n’apporte pas une aide.

Dans l’exemple précité, les responsables politiques au Liban sont la cause de l’accident: ils n’ont pas aménagé la route ni en panneaux de signalisation ou en éclairage, l’asphalte est quasi-inexistante et parsemée de nids-de-poule. De plus, ils ont tellement appauvri l’automobiliste qu’il ne peut plus se permettre d’effectuer une maintenance régulière de son véhicule; et enfin, soit l’ambulance ne peut même plus acheminer le blessé faute de carburant, soit les urgentistes n’ont plus les médicaments basiques pour lui prodiguer les premiers soins .

Face à ce malheureux accidenté dont le sang se répand au sol, l’Etat demeure inerte, admirant avec froideur le résultat de ses actes.

Car oui, il s’agit d’actes et non d’une abstention (de porter secours). Des actes délibérés, des omissions volontaires, dont le but est l’appauvrissement et l’asservissement de tout un peuple.

L’erreur de M. Le Drian est donc la qualification juridique de l’attitude des responsables Libanais. Il ne s’agit plus du délit de « non-assistance », mais bien d’un homicide et plus généralement d’un génocide.

Les responsables, sont tous ceux qui à un moment donné de leurs carrières politiques, occupaient des postes à responsabilité clefs, et ont sciemment oeuvré pour les intérêts de puissances régionales et/ou pour leurs propres intérêts, la cupidité n’étant pas incompatible avec la trahison. Idem pour ceux qui, ayant obtenu un poste en récompense à leur allégeance sans faille à une politique de destruction des institutions du pays, ont opté pour la politique de l’autruche voire pour une hibernation de longue durée. L’absence d’initiatives devient alors un acte de sabordage délibéré donc un crime prémédité!

Cependant, s’il est certain que les politiques locaux sont responsables de la misère de leurs concitoyens, j’aimerais souligner à M. Le Drian que le silence et l’inertie de la communauté internationale, qui reste les bras croisés face à notre effondrement politique, économique et social, qui est témoin de la déliquescence de l’Etat Libanais, s’est rendue elle aussi coupable ou du moins complice du délit de non-assistance à pays en danger.

Depuis le 24 Octobre 1945, le Liban est membre de l’ONU; il serait bon que cette organisation se penche et s’épanche sur nos problèmes, et de prouver -pour une fois- que le Général De Gaulle avait tort de la traiter de « machin ».

Antonio Cerruti

Une carte ,une histoire

Carte postale ancienne ,du quartier Saint Michel- Rue Gouraud, au début du XX siècle.
Nous avions un tramway et de jolies maisons à tuiles rouges ,les tuiles étant à l’époque une nouveauté introduite dans le paysage architectural libanais. Une époque révolue où le Mont-Liban ,surnommé le “Liban vert” , était d’un point de vue esthétique et écologique, un véritable petit paradis échoué sur les rives de la Méditerranée.

100 ans plus tard, nous n’avons toujours pas de transports en commun dignes de ce nom ,le tramway a disparu depuis longtemps tout comme les deux lignes ferroviaires qui reliaient Beyrouth à la Palestine ou à Damas.
Individualistes, opportunistes et affairistes nous avons bétonné Beyrouth et ses environs, construit des immeubles à 10 étages dans les années 90 et des tours immenses dans les années 2000. Aux déclinaisons de vert, nous avons préféré les déclinaisons de gris.

L’explosion du 4 août a beaucoup endommagé le quartier historique de Mar Mikhael- Gemayzeh, dont la station de train et les maisons traditionnelles, patrimoine architectural et historique inestimable.

Traumatisé ,le quartier panse doucement ses blessures. Il lui faudra du temps , beaucoup de temps pour retrouver sa vitalité et son charme d’antan.

Carte postale : collection privée Sami Toubia.

Élevez les potences! Georges Tyan

Entre une gorgée de café et une bouffée de cigarette du haut de mes escaliers appuyé sur le rebord de la fenêtre heureux de contempler la nature avant que l’illustre galonné et ses sbires ne viennent perturber ma quiétude, je refais mon monde.

Un olibrius imbu de lui-même, m’invite à rester chez moi ou aller à pied, si je n’ai pas les moyens de m’acheter un bidon d’essence.

L’essence de mon propos n’est pas seulement l’essence, mais encore plus les médicaments ainsi que les produits de première nécessité que les maîtres de son maître détournent vers la Syrie pour financer l’effort de guerre tout azimut qu’ils ont entamée contre le monde libre.

Ces produits et autres denrées de base sont subventionnées par l’état Libanais, donc par moi, par lui, par chaque personne qui vit sur l’étendue de nos dix mille quatre cinquante deux kilomètres carrés.

À plus forte raison par les contrebandiers eux-mêmes. Mais allez expliquer ceci à quelqu’un pour qui le crime est devenu une seconde nature.

Le crime n’est pas seulement le vol, le pillage, les assassinats où sont passés maîtres les responsables de ce parti du mal vassal de l’Iran, c’est le terrorisme en coupe réglée dans lequel ils font vivre non seulement leur communauté, mais également les gouvernants de notre pays.

À force de ressasser les mêmes pensées je deviens lassant, cependant il est bon pour ceux qui refusent de voir les choses comme elles se présentent de marteler la vérité, du moins comme je la perçois.

Le parti du mal Iranien a mis aux gouvernants de notre pays le marché en main. J’assassine qui je veux, je fais la guerre à qui je veux, où je veux, vous la bouclez. Pour meubler le temps qui passe, volez, pillez, dansez embrassez qui vous voulez.

Tous, tous, oui tous ont courbé l’échine et accepté. Le reste n’est que comédie, il n y a ni droits des Chrétiens ni prérogatives des Musulmans en jeux. Il n’y a que du charlatanisme chez ces créatures veules, stipendiées, sans aucune envergure.

Ils ont vidé mon pays de sa substance, les jeunes s’en vont par charters entiers, ils ont tué le rire, la bonne humeur, la joie, la gaité. Ils ont détruit l’avenir.

Un Liban succursale de l’Iran n’est pas viable, notre terre refuse de parler cette langue incommode ou de cacher ses dames sous une bâche immonde.

Un Liban annexe des pays pétroliers, certes plus doux et plus amical est aimablement refusé. Ils ont déjà leurs laquais bien installés dans notre demeure. Un Liban Européen, Américain, quoique plus amène l’est aussi.

Le Liban est un pays trop petit pour être morcelé, trop grand pour qu’il soit avalé dit l’adage.

Revenons à nos valeurs, donnons lui le lustre de la culture, qu’il redevienne havre de paix et de sérénité, refuge des opprimés mais dans un cadre bien précis et délimité.

Jeunes de mon pays faites rendre gorge à ceux qui nous ont si ignoblement volés, ignominieusement humiliés abattez leurs piédestaux, relevez votre tête, ne soyez plus terrorisés.

Et surtout élevez les potences.

Crédit photo: Tingey Injury Law Firm

YASMINE MASRI ET L’EFFET PAPILLON. Issal Saleh

Yasmine Masri vient de nous donner une courageuse démonstration de ce qu’est l’effet Papillon : d’un battement d’ailes vous déclenchez une tempête.
Et Gibran Bassil vient d’apprendre à ses dépends qu’il peut être extrêmement dangereux de s’attaquer à un papillon.
D’un effleurement d’ailes Yasmine a réveillé les passions.
Le courage chez une seule femme peut être aussi efficace et mobilisateur qu’une mobilisation de dix mille mécontents.
Bassil n’en revient pas. Alors qu’il croyait avoir vaincu la contestation avec seulement deux gardes de corps (pendant qu’il regagnait prudemment sa voiture) , voilà t’il pas qu’il vient, par sa lâcheté démesurée et sa bêtise galactique, de porter aux nues le mépris et la haine qu’éprouve le peuple libanais à son égard, y compris dans ses propres rangs et chez ses alliés.
Ceux qui quittent les CPL sont de vrais tribunaux à cœur ouvert car ils dévoilent la subversion et la corruption chez les chefs Aounistes comme aucun tribunal n’aurait pu le faire. Bassil va certainement donner un contre ordre à ses sbires après ses recommandations précédentes : ne créez pas d’autres « cas Yasmine » car c’est contre productif.
Il va se rabattre comme d’habitude sur les tueurs du Hezb. C’est plus safe pour sa renommée. Merci Yasmine et bienvenue dans la contestation et le combat contre l’injustice et la corruption.                            

Le Liban à l’Age de pierre

International
De notre correspondant au Liban, Sophie Akl- Chedid

A chaque jour suffit sa peine, dit-on. Au Liban, il ne s’agit plus de peine mais d’un inconcevable fardeau. Après le gel de leurs dépôts bancaires, le Covid, l’inflation ahurissante, la pénurie de carburants et d’électricité, c’est le secteur de la Santé qui met aujourd’hui les libanais en état d’alerte maximale. Le corps médical craignait le pire après l’annonce faite par le syndicat des propriétaires d’hôpitaux privés que les établissements hospitaliers pourraient se trouver très vite dans l’incapacité d’administrer des traitements à caractère vital et de pratiquer certaines opérations faute de matériel médical. La compagnie d’assurance NextCare vient de publier une liste de 24 hôpitaux qui ne sont désormais plus en mesure de recevoir des patients ainsi que 33 laboratoires d’analyses en rupture de stock de réactifs. Le néphrologue Fadi Tohmé ne mâche ni ses mots ni sa colère : « S’il n’y a plus de stock d’ici à une semaine, des gens vont mourir à cause d’un bout de plastique. Ne plus pouvoir faire de dialyse, c’est le signe de la fin de la société ». « C’est le chaos. Le ministère de la Santé est aux abonnés absents, le gouvernement inexistant et les hôpitaux en subissent les conséquences », explique le directeur du prestigieux Hôpital Rizk. Pour L’Orient-le Jour, une infirmière se confie : « J’ai assez de stock pour ce mois, mais après, je leur dis quoi ? Bye, allez mourir chez vous ? Ils (les autorités) sont en train de tuer les gens. » A ce constat dramatique s’ajoute la menace permanente d’un blackout total, les centrales comme les générateurs privés risquant à tout instant d’être privés de mazout, mettant en danger de mort tous les malades, hospitalisés ou à domicile, dont la vie dépend de machines électriques. Les pharmacies ne valent pas mieux, également confrontées à la pénurie de médicaments, contraignant les habitants à faire le tour des officines du pays pour tenter de trouver l’indispensable, en particulier pour les diabétiques, cancéreux ou cardiaques. Pour les autres, c’est retour à la médecine traditionnelle et aux recettes de grand-mère, plus de 350 médicaments de marque ou génériques ayant disparu des rayons, dont les antidépresseurs et autres anxiolytiques introuvables depuis plusieurs semaines. Pourtant, une pharmacienne se confie : «Les médicaments sont bien présents au Liban, mais retenus dans un dépôt. Ils ont été livrés, mais n’ont pas été payés ! » Le ministère de la Santé a également bloqué les subventions des traitements anticancéreux et ce sont les patients doivent payer la différence du taux de change entre la livre et le dollar au cours du marché noir, soit 10 fois le revenu minimum. Pendant ce temps, les gardes du corps du gendre de Michel Aoun et patron de son parti ont passé à tabac une jeune femme qui avait osé jeter dans sa direction un « c’est une honte » dégouté. Le Président avait dit en 2016 « Ou moi, ou le chaos » pour forcer son élection. Nous avons les deux mon général !