EXTRAIT


« Les problèmes du Liban ne sont ni politiques ni économiques, ils sont purement militaires. Oui le Liban est en guerre. Il est menacé d’occupation réelle par l’Iran.
L’Iran encercle le Liban via ses mercenaires locaux, le Hezbollah, à travers la technique militaire ancestrale du « Siège », modifiée et rafraichie  en tenant compte de la distance géographique entre l’agresseur et l’agressé,   et ceci en vue d’ une invasion , d’une occupation, sans tirer éventuellement un coup de feu.
Cette technique se traduit par une isolation, un encerclement intelligent du territoire à conquérir du reste monde et l’interdiction de fourniture en denrées essentielles. Affamer la population jusqu’ à épuisement. Entre temps établir à l’intérieur une forme de cheval de Troie sans scrupule auquel on promet la tête de la principauté une fois conquise. On divise aussi la population pour créer une discorde qui empêche la cohésion des défenseurs.
Une fois le territoire (Liban) à genoux, la reddition se fera sans anicroche et le pays tombera comme un fruit mûr, changera de structure politique pour prendre l’aspect d’une colonie des temps modernes »


jmk

Photo, Joseph Eid/AFP

La question des frontières. Sandra Khawam

Une question trop souvent éludée, considérée comme hors sujet ou abordée comme si elle n’était pas de notre ressort et que donc on n’y pouvait rien.

Or, elle est centrale :

Depuis 100 ans on nous bassine avec un pays de 10452 km2 . Sauf que ces 10452  km2 n’existent que dans les manuels d’Histoire des classes primaires et récemment sur les pancartes en carton fait maison des “thouar”.
Quant aux écoliers syriens , on leur fait bien comprendre ,dès la maternelle ,que le Liban est un terre syrienne. Point.

Conséquence directe, les partis pro syriens trouvent tout à fait naturel de venir en aide au régime syrien victime d’un embargo international. C’est la province qui vole au secours de la capitale.

Des rumeurs récentes font état de l’acquisition de plusieurs centaines de biens fonciers aux frontières syro-libanaises où sont installées des communautés chiites syriennes et libanaises ayant pour mission, de part leurs similitudes socio-culturelles, de rendre, avec le temps et les mariages mixtes, toute frontière obsolète.

Un pays qui n’a pas de frontières n’est pas un pays mais un espace libre, une terre laissée à tout vent.

Ce Liban, idéalisé, ressemble à une jolie maison inachevée ,laissée sans portes , sans fenêtres et sans toiture.

Avant d’acheter les meubles, de choisir la couleur des rideaux et le miroir de la salle de bain il faudrait penser aux portes, aux fenêtres et à un toit étanche. Un cheminement inverse serait stérile: un nouveau canapé ne fera pas barrage à l’eau qui se déversera dans la maison aux premiers orages.

Sans des frontières extérieures, le peuple se refugiera toujours dans des frontières intérieures ( communautés religieuses ou autres) et un Etat Nation ne pourra jamais voir le jour puisque la sécurité psychologique des individus continuera d’être assurée, en premier, par sa “tribu”.

Donnez-nous d’abord une terre délimitée et protégée par des frontières. Nous discuterons ensuite des aménagements intérieurs possibles.

Le 21/6/2021

Quand le Nous prend la relève

Face à un État défaillant et voyou, à des Padrinos médiocres faisant la pluie et semant la tempête, le « nous » s’impose et prend la relève. Nous, le peuple, Libanais issus de la société civile, résidant dans le pays ou à l’étranger, entreprises et collectivités, nous qui tentons de voler au secours d’un peuple à bout de souffle et retroussons nos manches pour pallier autant que possible la déliquescence des instances étatiques. Nous, conscients de l’urgence d’agir quand ils font preuve tous les jours d’inconscience criminelle, de non-assistance à peuple en danger. Nous, improvisés ministres des Affaires sociales, de l’Intérieur, de l’Énergie ou de la Santé. Dans l’attente d’un règlement de la crise, d’un plan A quelconque, de l’application d’une feuille de route suspectée jusqu’à présent d’ingérence dans les affaires internes d’un pays prétendûment souverain, dans l’attente de la formation d’un gouvernement à trois équations et six inconnues, de dollars et “lollars”, le « nous », génie libanais, crée des plans B et les réussit.


Voici dans ce contexte quelques initiatives privées parmi tant d’autres, du style sauvetage-peuple-en-détresse :

– La quasi-bombe nucléaire explosant au port a fait plus de 200 morts, des milliers de blessés et de sans-abri, détruit une partie de la ville de Beyrouth mais a laissé de marbre une classe dirigeante devenue soudain sourde et muette. Grâce aux ONG présentes sur le terrain, des Beyrouthins ont pu réintégrer leurs maisons, pour certains en quelques semaines. Nous pensons à Ground 0 qui a déjà fait un travail gigantesque et rénové 510 habitations jusqu’à ce jour, tenant compte autant de la fonctionnalité que de l’esthétique et des goûts propres des victimes du désastre. Ou encore l’ONG Achrafieh 2020 avec ses 240 volontaires qui assurent des produits alimentaires de première nécessité à plus de 1 000 familles chaque mois. Sans oublier l’association Philippe Jabre qui soutient les jeunes étudiants ou les familles libanaises dans l’éducation de leurs enfants, pilier fondamental de notre société, et qui a été on ne peut plus généreuse. On ne pourrait citer, faute de place, toutes les associations et les volontaires qui gravitent autour des Libanais en difficulté.

– Dans le cadre de la triple crise (politique, sanitaire et économique) qui secoue le pays, la campagne de vaccination dans la circonscription de Becharré représente un véritable tour de force. Menée par l’association Cedars Mountain’s Foundation (CMF), créée en 2007 et parrainée par la députée Sethrida Geagea, ce n’est non moins de 800 personnes sur plus de 2 500 prévues, qui ont déjà reçu le vaccin Sputnik V en une dizaine de jours seulement. Face à la lenteur des services publics, aux défaillances du ministère de la Santé, l’association prend l’initiative de vacciner tous les résidents de la circonscription âgés de plus de 55 ans et qui le souhaitent, sur simple demande, sans distinction aucune. Confiants dans l’engagement en faveur des Libanais du Nord, rassurés par les promesses tenues par l’association, les donateurs d’ici et d’outre-mer n’ont pas hésité à mettre la main à la poche pour soutenir la CMF. Celle-ci se place désormais en tête de toutes les initiatives privées en termes de nombre de personnes vaccinées en peu de temps. Cette campagne de vaccination au Sputnik V n’a pu se faire que grâce à une méticuleuse organisation, de la volonté, un travail sans relâche de tous les acteurs présents sur le terrain (chefs de municipalité, responsables de région). Une campagne similaire serait beaucoup plus difficile à réaliser, par la même équipe, dans d’autres circonscriptions en l’absence d’une majorité politique favorable car elle serait alors confrontée aux blocages que suscite le régime au niveau des instances étatiques, contre tout bon sens et au mépris de l’intérêt public.

– Plus ancien, et peu médiatisé pendant de nombreuses années, est le cas de l’Électricité de Zahlé, EDZ. Quand le pays connaît un rationnement qui nous renvoie aux jours sombres de la guerre civile et quand nous sommes menacés, par un État « pick-pocket », d’être plongés dans le noir si nous ne cédons pas nos derniers dollars, d’ailleurs déjà confisqués, pendant ce temps Zahlé brille de tous ses feux 24 heures sur 24. Créée en 1920, EDZ est une compagnie d’électricité privée qui compte une cinquantaine d’actionnaires dont l’archevêché grec-catholique et à qui l’État libanais a accordé une concession en 1923 et à qui elle fait de l’ombre depuis. Renouvelée plusieurs fois, cette dernière est arrivée à terme en 2018 et demeure menacée par l’État de cessation de ses activités mais c’est sans tenir compte de l’obstination d’Assaad Nakad, le directeur de la société, qui se bat bec et ongles contre ces irresponsables toujours en embuscade. Comment justifier des pertes au niveau de l’EDL estimées à plus de 50 milliards de dollars, quand EDZ, qui fête son centenaire, parvient à éclairer Zahlé et 16 communes alentour, soit près de 300 000 personnes. Cerise sur le gâteau, EDZ assure un service après-vente impeccable. Eté comme hiver, qu’il neige ou qu’il vente, les réparations, s’il y a lieu, sont faites en un temps record.Le dénominateur commun à toutes ces initiatives est la préservation du tissu social malmené par les crises et qui risque de se déchirer définitivement. Assurer un minimum vital pour rassurer un peuple en désarroi, désorienté, sans protection et livré aux malfrats. Une résistance groupale comparable à une toile d’araignée s’agrandit de jour en jour malgré les nombreux défis. Des liens horizontaux compensent la disparition des liens verticaux. Paradoxalement, la base populaire affaiblie par le régime se renforce, brise les frontières et invite la diaspora dans le quotidien des résidents. Ce sont plus de cinq millions qui sont connectés à des millions de Libanais résidant à l’étranger qui vivent aussi à l’heure libanaise.

Ce sont des centaines de volontaires qui peuvent alors tendre une main plus solide aux plus démunis, leur redonner confiance en eux-mêmes et essayer de restaurer l’image de leur peuple, détruite par les corrompus. Peut-être parviendront-ils, par des actions tangibles, à les retenir sur cette terre qui les a vus naître et qui a tant besoin d’eux.Comme disait l’autre, il n’y a pas d’amour, mais des preuves d’amour.

Sandra KHAWAM

Erreur de Qualification

En Mars dernier, M. Le Drian accusait les responsables Libanais de « non-assistance à pays en danger ».

La non-assistance à personne en danger est le fait de ne pas porter secours à une personne en situation de détresse; la détresse est le péril grave ou imminent qui menace la vie ou l’intégrité d’une personne. L’article 567 du code pénal libanais prévoit une peine d’un mois à un an de prison à ceux qui seront reconnus coupables de ce délit.

Dans l’inconscient collectif, on assimile cette situation à l’accidenté de la route pour qui on ne s’arrête pas ou à qui on n’apporte pas une aide.

Dans l’exemple précité, les responsables politiques au Liban sont la cause de l’accident: ils n’ont pas aménagé la route ni en panneaux de signalisation ou en éclairage, l’asphalte est quasi-inexistante et parsemée de nids-de-poule. De plus, ils ont tellement appauvri l’automobiliste qu’il ne peut plus se permettre d’effectuer une maintenance régulière de son véhicule; et enfin, soit l’ambulance ne peut même plus acheminer le blessé faute de carburant, soit les urgentistes n’ont plus les médicaments basiques pour lui prodiguer les premiers soins .

Face à ce malheureux accidenté dont le sang se répand au sol, l’Etat demeure inerte, admirant avec froideur le résultat de ses actes.

Car oui, il s’agit d’actes et non d’une abstention (de porter secours). Des actes délibérés, des omissions volontaires, dont le but est l’appauvrissement et l’asservissement de tout un peuple.

L’erreur de M. Le Drian est donc la qualification juridique de l’attitude des responsables Libanais. Il ne s’agit plus du délit de « non-assistance », mais bien d’un homicide et plus généralement d’un génocide.

Les responsables, sont tous ceux qui à un moment donné de leurs carrières politiques, occupaient des postes à responsabilité clefs, et ont sciemment oeuvré pour les intérêts de puissances régionales et/ou pour leurs propres intérêts, la cupidité n’étant pas incompatible avec la trahison. Idem pour ceux qui, ayant obtenu un poste en récompense à leur allégeance sans faille à une politique de destruction des institutions du pays, ont opté pour la politique de l’autruche voire pour une hibernation de longue durée. L’absence d’initiatives devient alors un acte de sabordage délibéré donc un crime prémédité!

Cependant, s’il est certain que les politiques locaux sont responsables de la misère de leurs concitoyens, j’aimerais souligner à M. Le Drian que le silence et l’inertie de la communauté internationale, qui reste les bras croisés face à notre effondrement politique, économique et social, qui est témoin de la déliquescence de l’Etat Libanais, s’est rendue elle aussi coupable ou du moins complice du délit de non-assistance à pays en danger.

Depuis le 24 Octobre 1945, le Liban est membre de l’ONU; il serait bon que cette organisation se penche et s’épanche sur nos problèmes, et de prouver -pour une fois- que le Général De Gaulle avait tort de la traiter de « machin ».

Antonio Cerruti

Une carte ,une histoire

Carte postale ancienne ,du quartier Saint Michel- Rue Gouraud, au début du XX siècle.
Nous avions un tramway et de jolies maisons à tuiles rouges ,les tuiles étant à l’époque une nouveauté introduite dans le paysage architectural libanais. Une époque révolue où le Mont-Liban ,surnommé le “Liban vert” , était d’un point de vue esthétique et écologique, un véritable petit paradis échoué sur les rives de la Méditerranée.

100 ans plus tard, nous n’avons toujours pas de transports en commun dignes de ce nom ,le tramway a disparu depuis longtemps tout comme les deux lignes ferroviaires qui reliaient Beyrouth à la Palestine ou à Damas.
Individualistes, opportunistes et affairistes nous avons bétonné Beyrouth et ses environs, construit des immeubles à 10 étages dans les années 90 et des tours immenses dans les années 2000. Aux déclinaisons de vert, nous avons préféré les déclinaisons de gris.

L’explosion du 4 août a beaucoup endommagé le quartier historique de Mar Mikhael- Gemayzeh, dont la station de train et les maisons traditionnelles, patrimoine architectural et historique inestimable.

Traumatisé ,le quartier panse doucement ses blessures. Il lui faudra du temps , beaucoup de temps pour retrouver sa vitalité et son charme d’antan.

Carte postale : collection privée Sami Toubia.

Élevez les potences! Georges Tyan

Entre une gorgée de café et une bouffée de cigarette du haut de mes escaliers appuyé sur le rebord de la fenêtre heureux de contempler la nature avant que l’illustre galonné et ses sbires ne viennent perturber ma quiétude, je refais mon monde.

Un olibrius imbu de lui-même, m’invite à rester chez moi ou aller à pied, si je n’ai pas les moyens de m’acheter un bidon d’essence.

L’essence de mon propos n’est pas seulement l’essence, mais encore plus les médicaments ainsi que les produits de première nécessité que les maîtres de son maître détournent vers la Syrie pour financer l’effort de guerre tout azimut qu’ils ont entamée contre le monde libre.

Ces produits et autres denrées de base sont subventionnées par l’état Libanais, donc par moi, par lui, par chaque personne qui vit sur l’étendue de nos dix mille quatre cinquante deux kilomètres carrés.

À plus forte raison par les contrebandiers eux-mêmes. Mais allez expliquer ceci à quelqu’un pour qui le crime est devenu une seconde nature.

Le crime n’est pas seulement le vol, le pillage, les assassinats où sont passés maîtres les responsables de ce parti du mal vassal de l’Iran, c’est le terrorisme en coupe réglée dans lequel ils font vivre non seulement leur communauté, mais également les gouvernants de notre pays.

À force de ressasser les mêmes pensées je deviens lassant, cependant il est bon pour ceux qui refusent de voir les choses comme elles se présentent de marteler la vérité, du moins comme je la perçois.

Le parti du mal Iranien a mis aux gouvernants de notre pays le marché en main. J’assassine qui je veux, je fais la guerre à qui je veux, où je veux, vous la bouclez. Pour meubler le temps qui passe, volez, pillez, dansez embrassez qui vous voulez.

Tous, tous, oui tous ont courbé l’échine et accepté. Le reste n’est que comédie, il n y a ni droits des Chrétiens ni prérogatives des Musulmans en jeux. Il n’y a que du charlatanisme chez ces créatures veules, stipendiées, sans aucune envergure.

Ils ont vidé mon pays de sa substance, les jeunes s’en vont par charters entiers, ils ont tué le rire, la bonne humeur, la joie, la gaité. Ils ont détruit l’avenir.

Un Liban succursale de l’Iran n’est pas viable, notre terre refuse de parler cette langue incommode ou de cacher ses dames sous une bâche immonde.

Un Liban annexe des pays pétroliers, certes plus doux et plus amical est aimablement refusé. Ils ont déjà leurs laquais bien installés dans notre demeure. Un Liban Européen, Américain, quoique plus amène l’est aussi.

Le Liban est un pays trop petit pour être morcelé, trop grand pour qu’il soit avalé dit l’adage.

Revenons à nos valeurs, donnons lui le lustre de la culture, qu’il redevienne havre de paix et de sérénité, refuge des opprimés mais dans un cadre bien précis et délimité.

Jeunes de mon pays faites rendre gorge à ceux qui nous ont si ignoblement volés, ignominieusement humiliés abattez leurs piédestaux, relevez votre tête, ne soyez plus terrorisés.

Et surtout élevez les potences.

Crédit photo: Tingey Injury Law Firm

YASMINE MASRI ET L’EFFET PAPILLON. Issal Saleh

Yasmine Masri vient de nous donner une courageuse démonstration de ce qu’est l’effet Papillon : d’un battement d’ailes vous déclenchez une tempête.
Et Gibran Bassil vient d’apprendre à ses dépends qu’il peut être extrêmement dangereux de s’attaquer à un papillon.
D’un effleurement d’ailes Yasmine a réveillé les passions.
Le courage chez une seule femme peut être aussi efficace et mobilisateur qu’une mobilisation de dix mille mécontents.
Bassil n’en revient pas. Alors qu’il croyait avoir vaincu la contestation avec seulement deux gardes de corps (pendant qu’il regagnait prudemment sa voiture) , voilà t’il pas qu’il vient, par sa lâcheté démesurée et sa bêtise galactique, de porter aux nues le mépris et la haine qu’éprouve le peuple libanais à son égard, y compris dans ses propres rangs et chez ses alliés.
Ceux qui quittent les CPL sont de vrais tribunaux à cœur ouvert car ils dévoilent la subversion et la corruption chez les chefs Aounistes comme aucun tribunal n’aurait pu le faire. Bassil va certainement donner un contre ordre à ses sbires après ses recommandations précédentes : ne créez pas d’autres « cas Yasmine » car c’est contre productif.
Il va se rabattre comme d’habitude sur les tueurs du Hezb. C’est plus safe pour sa renommée. Merci Yasmine et bienvenue dans la contestation et le combat contre l’injustice et la corruption.                            

Le Liban à l’Age de pierre

International
De notre correspondant au Liban, Sophie Akl- Chedid

A chaque jour suffit sa peine, dit-on. Au Liban, il ne s’agit plus de peine mais d’un inconcevable fardeau. Après le gel de leurs dépôts bancaires, le Covid, l’inflation ahurissante, la pénurie de carburants et d’électricité, c’est le secteur de la Santé qui met aujourd’hui les libanais en état d’alerte maximale. Le corps médical craignait le pire après l’annonce faite par le syndicat des propriétaires d’hôpitaux privés que les établissements hospitaliers pourraient se trouver très vite dans l’incapacité d’administrer des traitements à caractère vital et de pratiquer certaines opérations faute de matériel médical. La compagnie d’assurance NextCare vient de publier une liste de 24 hôpitaux qui ne sont désormais plus en mesure de recevoir des patients ainsi que 33 laboratoires d’analyses en rupture de stock de réactifs. Le néphrologue Fadi Tohmé ne mâche ni ses mots ni sa colère : « S’il n’y a plus de stock d’ici à une semaine, des gens vont mourir à cause d’un bout de plastique. Ne plus pouvoir faire de dialyse, c’est le signe de la fin de la société ». « C’est le chaos. Le ministère de la Santé est aux abonnés absents, le gouvernement inexistant et les hôpitaux en subissent les conséquences », explique le directeur du prestigieux Hôpital Rizk. Pour L’Orient-le Jour, une infirmière se confie : « J’ai assez de stock pour ce mois, mais après, je leur dis quoi ? Bye, allez mourir chez vous ? Ils (les autorités) sont en train de tuer les gens. » A ce constat dramatique s’ajoute la menace permanente d’un blackout total, les centrales comme les générateurs privés risquant à tout instant d’être privés de mazout, mettant en danger de mort tous les malades, hospitalisés ou à domicile, dont la vie dépend de machines électriques. Les pharmacies ne valent pas mieux, également confrontées à la pénurie de médicaments, contraignant les habitants à faire le tour des officines du pays pour tenter de trouver l’indispensable, en particulier pour les diabétiques, cancéreux ou cardiaques. Pour les autres, c’est retour à la médecine traditionnelle et aux recettes de grand-mère, plus de 350 médicaments de marque ou génériques ayant disparu des rayons, dont les antidépresseurs et autres anxiolytiques introuvables depuis plusieurs semaines. Pourtant, une pharmacienne se confie : «Les médicaments sont bien présents au Liban, mais retenus dans un dépôt. Ils ont été livrés, mais n’ont pas été payés ! » Le ministère de la Santé a également bloqué les subventions des traitements anticancéreux et ce sont les patients doivent payer la différence du taux de change entre la livre et le dollar au cours du marché noir, soit 10 fois le revenu minimum. Pendant ce temps, les gardes du corps du gendre de Michel Aoun et patron de son parti ont passé à tabac une jeune femme qui avait osé jeter dans sa direction un « c’est une honte » dégouté. Le Président avait dit en 2016 « Ou moi, ou le chaos » pour forcer son élection. Nous avons les deux mon général !

Le Libanais moyen a-t-il l’esprit politique? Professeur Antoine MESSARRA- OLJ

Par MESSARRA Antoine, le 10 octobre 2008 à 00h00

Comme il y a des esprits portés vers les mathématiques, les sciences, les lettres… peut-on parler d’esprit politique, indispensable pour tout professionnel de la politique, tout analyste et, surtout, toute personne qui vit sa citoyenneté dans la polis, la cité ? Tout Libanais est fortement politisé, parle de politique, participe à des joutes politiques. Dans des rencontres scientifiques comme dans des réunions de salon, on est souvent pris de vertige, si on 

cherche un niveau minimal de cohérence dans les débats. La lacune ne réside pas dans les données et l’argumentation, mais dans l’approche même du phénomène politique, approche dont la source réside dans un profond défaut d’éducation politique que des élèves et des diplômés universitaires, même en droit et en sciences politiques, n’ont pas acquise durant les cursus de formation. Quelles sont les composantes de l’esprit politique, indispensable pour tout citoyen éclairé ? 1. Le sens de l’autorité : C’est en politique que se concentrent les problèmes de pouvoir, avec le recours éventuel à la force, fondée sur le droit, pour imposer l’ordre public. Cet ordre s’incarne dans la loi, disposition générale, impersonnelle et (soi-disant au Liban !) impérative. Or le rapport du Libanais à la loi se caractérise par une hostilité presque viscérale. Le 

contournement de la loi et sa violation sont souvent des preuves de débrouillardise et de position sociale. Un requérant téléphone à son ami, directeur général dans une administration publique, pour lui soumettre le problème d’une formalité qu’il veut faire aboutir. Quand le directeur général lui réplique : « C’est illégal », l’ami lui répond : « Mais c’est justement pour cela que je vous téléphone et fait appel à votre amitié ! » Une culture de légalité, mais de façade, a été développée par des projets de promotion des droits de l’homme, sans pénétrer aux sources mentales des comportements. Aussi une exploitation instrumentale de la loi, avec une justice sélective et discriminatoire, s’est-elle parallèlement développée. Elle a contaminé des juristes connus, des parlementaires, d’anciens militants pour les droits de l’homme… On 

pratique le juridisme, qui consiste à dénicher une faille par-ci et une autre par-là, à l’encontre des adversaires. Le juridisme est tout le contraire du droit. Selon un proverbe français : « Il faut sortir de la loi pour entrer dans le droit. » Dans la pièce des Rahbani, al-Shakhs (Le personnage), le juge s’adosse sur une pile de recueils de législation pour prononcer une sentence inique : Istinâdan ila al-qânûn… C’est-à-dire qu’il s’adosse sur, en langue arabe, sur les recueils de législation comme moyen de justification personnelle, mais prononce un jugement contraire à la loi. La manipulation de la loi a pris des formes évoluées dans le discours de quelques formations politiques. Quand vous parlez droit, on vous réplique que la problème est politique ! Si vous posez alors le problème politique, on vous ramène au droit rien que 

pour se dérober ! C’est la politique pure, comme du temps du nazisme. Or toute politique est – et doit être – régulée par le droit. 2. Le sens de la totalité : C’est en politique que les problèmes sont à des degrés variables et par nature globaux, se compénètrent et interagissent dans des réseaux complexes de rapports internes et externes. C’est là justement où des débats politiques, et même malheureusement de grands débats télévisés, donnent le vertige, si on se réfère à une logique, même sommaire. En quelques minutes, un interlocuteur passe du trou béant sur la chaussée, à la faillite des institutions, au confessionnalisme, à l’hégémonie de quelques zaïms, à la tutelle syrienne, aux tentatives d’émergence d’une puissance régionale ! Aucun problème ponctuel n’est analysé, débattu et résolu, ni même effectivement posé au départ. À la limite, 

c’est un cas psychiatrique. Dans le discours politique d’une formation politique, on pratique en effet le déplacement, au sens de la psychanalyse. Si vous posez un problème, l’interlocuteur se dérobe en vous déviant vers un autre. La pratique du déplacement se trouve presque généralisée chez certains partisans. C’est le cas du malade qui souffre d’un traumatisme ou d’un complexe refoulé et qui tente d’éviter les sollicitations du psychanalyste pour qu’il fasse « sortir » son problème. Dans un régime politique fortement pénétré et agressé, au carrefour des conflits régionaux et internationaux, des débats télévisés et des formations académiques n’ont souvent pas contribué au développement d’une approche à la fois pragmatique et rationnelle de la totalité. Certes, « tout est en tout », suivant 

l’expression de Pascal. Nous sommes là dans la philosophie et la métaphysique, mais non dans la physique politique quotidienne. Une culture politique hégémonique dans la région a presque généralisé une mentalité unitariste, globalisante, simplificatrice. À propos de tout problème, même mineur, on incrimine le conflit israélo-arabe, l’hégémonie américaine, les complots extérieurs… Des académiques même, par paresse intellectuelle, ramènent tout problème, une fraude dans un département ministériel, le blocage d’une formalité… au « confessionnalisme » ! Il y a ainsi au Liban des vocables passe-partout qui découlent de la difficulté de perception de la totalité, fruit d’une opération élémentaire d’analyse. On dit généralement que le Libanais, frappé de panique, se réfugie et se retranche, avec au besoin des 

tranchées, dans sa communauté. Mais, en fait, il s’agit beaucoup plus de sa communauté régionale, celle de sa localité restreinte, car une vision globale de la communauté révèle l’extension et l’éparpillement de celle-ci à travers tout le territoire, et même de plusieurs mohafazats. Un correspondant de presse rapporte, au début de la guerre 1975-1976, les propos d’un chef d’entreprise libanais : « Les gens ici ne voient pas plus loin que le bout de leur village. »(1) .

L’inaptitude à la vision synthétique et totalisante est à l’origine de plusieurs opérations militaires en 1975-1990, comme les 7-8 mai 2008, dans telle ou telle localité. La bataille ne déroule moins à Chiyah que sur la place al-Mrâyî et le destin du Liban, tel que perçu par la mentalité populaire, se joue entre les deux ponts de la Quarantaine et la tour Rizk ! Or 

une stratégie est, par essence, globale.

 1- Francis Cornu, Le Monde, 31 janvier 1976. 

Cent ans de musique au Liban

OLJ / Par Zeina SALEH KAYALI, le 08 février 2021 à 00h00

Si la musique est le reflet des civilisations, elles sont nombreuses à s’être succédé sur la terre du Liban. Certains historiens pensent même que la première notation musicale serait due au mathématicien Pythagore ayant vécu à Sidon au VIe siècle avant J.-C. Il ne nous reste toutefois pas grand-chose de ce qui pourrait avoir constitué les musiques phéniciennes, bien que la Bible y fasse allusion en racontant qu’Ahiram, roi de Tyr, fournit à Salomon du bois pour fabriquer des harpes et que le prophète Ézéchiel menace la ville de Tyr de destruction: « Je ferai cesser l’harmonie de 

tes chants, on n’entendra plus le son de tes cithares. »

À partir des premiers siècles du christianisme puis de l’islam va se développer une musique sacrée qui forme, avec les musiques égyptienne et bédouine, un creuset qui pourrait avoir constitué les sources de la musique libanaise.

Pendant les quatre cents ans que va durer la période de l’Empire ottoman, la musique est traditionnelle et de transmission orale. En parallèle, la région du Mont-Liban bénéficiant d’une autonomie politique et culturelle voit se développer une musique propre à elle, qui restera populaire et folklorique. Elle ne commencera à être théorisée qu’au XIXe siècle avec Mikha’îl Michâqa (1800-1888), médecin de Deir el-Qamar. Le document qu’il écrit en 1848, 

Lettre sur l’art musical dédiée à l’émir Bachîr, constitue le premier essai de théorie musicale. Il va être le point de départ d’un grand nombre de polémiques musicologiques et servira de base aux fondements de la musique arabe tels que définis en 1932 dans le cadre du congrès du Caire.

1910-1940 : le Liban s’éveille

Wadia Sabra (1876-1952) voit le jour à Bhamdoun. Celui que le public connaît surtout comme compositeur de l’hymne national libanais peut être considéré comme le père fondateur de la musique savante libanaise. Dès son plus jeune âge, il montre de grandes dispositions pour la musique. En 1893, il obtient une bourse du gouvernement français pour compléter sa formation musicale à Paris. Il y restera 

jusqu’en 1908, suivra l’enseignement des plus grands musiciens de l’époque et sera l’organiste titulaire de la paroisse du Saint-Esprit dans le 8e arrondissement pendant 10 ans.

En 1910, Sabra regagne définitivement Beyrouth et pose deux actes essentiels pour l’évolution de la musique : il ouvre une école de musique, qui deviendra le Conservatoire national en 1929, et fonde une revue musicale, première du genre, Mousica.

Wadia Sabra décède le 11 avril 1952 à Beyrouth. Il laisse au Liban, outre son catalogue musical (dont les premiers opéras en langue arabe), une œuvre théorique foisonnante, un piano oriental à quart de ton et le Conservatoire qu’il aura dirigé jusqu’à sa mort.

On ne peut évoquer la musique du début du XXe siècle sans parler des frères Flayfel, précurseurs des musiques militaires et patriotiques. Muhammad (1899-1985) et Ahmad (1902-1998) sont les petits-enfants d’un muezzin, le cheikh Dib, célèbre pour la beauté de sa voix. Il emmène régulièrement ses petits-fils dans les différentes célébrations religieuses où il officie. Mais les deux enfants sont également fascinés par les fanfares ottomanes qui passent devant leur domicile à Beyrouth, et ils se précipitent dans la rue pour les suivre.

En 1922, ils fondent une fanfare, « al-Afrâh al-wataniyya », sur le modèle de celles qu’ils ont entendues dans leur enfance. Cette formation, qui existe toujours aujourd’hui, devient l’organe officiel de la 

gendarmerie de Beyrouth en 1942.

On doit aux frères Flayfel, outre les centaines d’hymnes patriotiques libanais, de nombreux hymnes nationaux régionaux dont le syrien, l’égyptien, le yéménite et l’irakien. Avec eux, c’est un genre musical nouveau qui voit le jour. Parti du Liban, ce style s’est développé dans les pays arabes, à une époque où les peuples essayent de se défaire du joug ottoman puis de celui des puissances mandataires.

1940-1975 : le Liban se construit

Après la disparition de Wadia Sabra, le Conservatoire sera dirigé par le compositeur Anis Fuleihan. L’émir Raïf Abillama en devient dès 1957 et jusqu’en 1975 le chef d’orchestre attitré.

Depuis sa fondation, le Conservatoire avait axé son enseignement surtout sur la musique occidentale, l’orientale restant accessoire. Cela évolue avec l’arrivée de Georges Farah, compositeur et chef d’orchestre, recruté comme professeur de oud. Il constate qu’il n’existe pas de méthodes d’apprentissage pour les instruments orientaux, ceux-ci étant de tradition orale, et décide donc d’écrire lui-même les premiers manuels. En 1953, la section orientale du Conservatoire voit officiellement le jour, sous sa direction.

Après Anis Fuleihan, c’est Nicolas Dale qui dirigera le Conservatoire. Violoncelliste, issu du groupe des Russes blancs qui s’étaient réfugiés au Liban après la révolution bolchevique, il est le fils de Nicolas Dale, le neuropsychiatre de Serge Rachmaninov. Puis viendra Toufic Succar 

suivi du Père Youssef el-Khoury dont le mandat sera bouleversé par la guerre du Liban.

Parallèlement au Conservatoire, une vie musicale intense se déroule grâce à différentes institutions :

À l’Académie libanaise des beaux-arts (ALBA) dont le fondateur Alexis Boutros (1911-1979) met en place un orchestre et un chœur qui interpréteront régulièrement, au Liban mais aussi lors de tournées régionales, les grandes œuvres du répertoire occidental.

Dans les universités, qu’il s’agisse de l’Université américaine ou de l’Université Saint-Joseph, des chœurs et des orchestres proposent des saisons musicales de très grande qualité avec des 

noms peut-être aujourd’hui oubliés comme Arkadie Kouguell, Salvator Arnita ou Bertrand Robilliard. Quant à l’Université Saint-Esprit de Kaslik, grâce au Père Louis Hajj, elle devient un lieu incontournable de création musicale libanaise et un vivier de compositeurs.

Grâce au Festival international de Baalbeck qui constitue depuis 1956 une plaque tournante de la musique, drainant des artistes occidentaux de grande renommée. Depuis 1957, il est également le principal commanditaire d’œuvres musicales libanaises avec notamment les frères Rahbani et Feyrouz, Zaki Nassif, Philemon Wehbé, Toufic el-Bacha, Sabri Charif, Roméo Lahoud, Sabah et bien d’autres.

Enfin, de nombreuses associations 

musicales se mettent en place, notamment, en 1956, les Jeunesses musicales du Liban (JML). Fondées par un groupe de musiciens et de mélomanes (dont le compositeur et critique musical Georges Baz), leur but est de promouvoir la musique surtout auprès des jeunes. À partir du début des années 1960, sous l’impulsion de leur président Antoine Medawar, les JML mettent en place des saisons musicales extrêmement riches et variées.

Avant de clore cette période, revenons sur la famille Rahbani qui occupe la scène libanaise depuis la fin des années 1940, et qui a créé de toutes pièces un genre qui n’existait pas avant elle, l’opérette libanaise. Au départ étaient les deux frères, Assi (1923-1986) et Mansour (1925-2009). Originaires d’Antélias, leur 

père Hanna Rahbani est propriétaire d’un café où il joue du buzuk pour ses clients et leur passe sur son phonographe les chansons d’Oum Kalsoum. Assi et Mansour grandissent dans une atmosphère musicale et artistique.

En 1938, les deux frères intègrent la chorale de l’église d’Antélias. C’est leur premier contact avec l’apprentissage de la musique. Par la suite, ils s’inscriront au Conservatoire.

C’est dans le cadre du Club culturel d’Antélias créé avec quelques amis que les frères Rahbani composent leurs premières chansons. Leur sœur Salwa Rahbani (1929-2013), connue sous le nom de scène de Najwa, est alors leur interprète.

Contrairement à ce qui est encore l’usage 

à l’époque, les chansons des frères Rahbani sont courtes et débarrassées de toute improvisation, ce qui représente une forme d’affranchissement par rapport à la chanson égyptienne. Leur écho arrive aux oreilles de Sabri Charif, directeur de la radio al-Charq al-Adna qui émet sur tout l’Orient à partir de Chypre. La radio dispose alors d’un orchestre et d’un chœur, et c’est justement au sein du chœur qu’ils feront la rencontre la plus importante de leur vie. Nouhad Haddad, jeune choriste d’à peine 15 ans, se distingue par la beauté de sa voix. Les frères, subjugués, composent de plus en plus de pièces pour elle. Halim al-Roumi, directeur des programmes musicaux, propose à la jeune fille d’adopter le nom de Feyrouz. Commence alors une collaboration de plus d’un demi-siècle entre Feyrouz et les frères Rahbani, qui va bouleverser le paysage 

musical libanais.

La fratrie Rahbani compte un plus jeune frère, Élias. Né en 1938 (et décédé en 2021), il a passé son enfance à accompagner ses frères aînés dans les studios d’enregistrement et les tournées. Il se mettra tout naturellement à la composition et se rendra célèbre par les comptines enfantines.

Les frères Rahbani ont une nombreuse descendance, tous (ou presque !) sont musiciens et compositeurs.

1975-1990 : le Liban se déchire

Les ravages du conflit libanais n’épargnent pas le Conservatoire. Son siège principal du quartier de Zoqaq al-Blat se trouve dès le début des combats, en avril 1975, au 

cœur d’une zone où se déroulent des batailles féroces. Les lieux sont sauvagement saccagés, les instruments de musique détruits, la bibliothèque musicale, la documentation et les archives brûlées et les pianos précipités par les fenêtres.

Au-delà des considérables pertes matérielles, c’est aussi et surtout sa mémoire que le Conservatoire a perdue pendant les deux premières années de la guerre. Certaines archives sonores comprenant parfois des enregistrements historiques sont effacées au profit de discours politiques…

La guerre sera également la cause de l’exode d’un grand nombre de musiciens libanais.

De 1990 à nos jours : l’après-guerre

À partir de 1991 et pendant les vingt ans à venir, la destinée du Conservatoire est aux mains de Walid Gholmieh (1938-2011). Il fonde les deux orchestres (philarmonique et oriental) qui constituent jusqu’à aujourd’hui les fondements de la vie musicale au Liban.

De 2014 à 2018, le Conservatoire est dirigé par Walid Mousallem. Pianiste, chef d’orchestre et professeur de philosophie, il incarne bien l’humanisme du musicien complet qui se doit de connaître l’environnement culturel et littéraire des compositeurs qu’il interprète.

De 2018 à 2020, le Conservatoire est dirigé par Bassam Saba, musicien alliant harmonieusement les cultures orientales 

et occidentales, et qui nous a quitté à la fin de 2020.

Avec le retour à la vie dite « normale », le début des années 1990 voit éclore un grand nombre de festivals de musique.

S’étant arrêté par la force des choses depuis 1975, le Festival international de Baalbeck renaît de ses cendres le 29 juillet 1997. C’est à la star du violoncelle Mtislav Rostropovich, accompagné par l’orchestre philharmonique de Radio France, dirigé par Marek Janovski, qu’il revient d’inaugurer cette nouvelle ère.

Entre-temps, plusieurs festivals ont vu le jour au Liban : Beiteddine, Byblos, Beirut Chants et bien d’autres qu’il serait fastidieux d’énumérer.

Arrêtons-nous quand même sur le Festival al-Bustan qui se spécialise dans la musique classique et qui, lors de sa fondation en 1994, est le tout premier à se dérouler en hiver sur un mois. Il emmène le spectateur de l’opéra à l’oratorio ou au symphonique, avec une prédominance pour la musique de chambre.

Plusieurs autres institutions musicales voient le jour en ces années de l’après-guerre. Écoles, facultés, instituts, centres, chaque établissement a sa spécificité, qu’elle soit orientale ou occidentale, souvent mélange des deux. Citons de façon non exhaustive les universités Notre Dame de Louayzé et antonine, l’Institut de musique sacrée Sainte-Rafqa et différentes écoles de musique.

À partir des années 1980, les musiciens 

qui avaient quitté le Liban commencent à se faire connaître dans leurs pays d’adoption, et même parfois au-delà, portant haut les couleurs de leur pays à travers le monde et constituant une véritable « diaspora musicale ». On peut citer parmi les compositeurs Béchara el-Khoury, Gabriel Yared, Naji Hakim, Zad Moultaka, Bushra el-Turk, Violaine Prince, Rita Ghosn, Marcel Khalifé, pour les interprètes Walid Akl, Abdel Rahman el-Bacha, Billy Eidi, Wissam Boustany et bien d’autres. On ne peut conclure sans évoquer l’apport essentiel de la communauté arménienne au paysage musical libanais, représentée par des personnalités telles que Boghos Gelalian (1927-2011), Stéphane Emiyan (1930-1994) et, plus près de nous, Harout Fazlian ou Garo Avessian.

Cent ans après et malgré les vicissitudes endurées par le pays, on ne peut que se réjouir de constater que la créativité musicale est toujours vivante, qu’elle n’a jamais cessé d’évoluer et qu’elle pourrait constituer un élément fédérateur entre des Libanais qui parfois peinent à se retrouver.

*Fondatrice et directrice de la collection « figures musicales du Liban » (Geuthner) ; cofondatrice du festival « Musicales du Liban à Paris ».

Zeina SALEH KAYALI

Cofondatrice du Centre du patrimoine musical libanais